‹ Théatre complet. Avec des remarques littéraires et un choix de notes classiquesChapitre 77 sur 459 · ACTE PRKMIER. 1Î · texte numérisé non relu

ACTE PRKMIER. 1Î

De soins plus importants rempliroient ma mémoire ;

Que, mes sens reprenant leur première vigueur.

L'amour achèveroit de sortir de mon cœur.

Mais admire avec moi le sort, dont la poursuite

Me fait courir alors au piège que j'évite.

J'entends de tous côtés qu'on menace Pyrrhus;

Toute la Grèce éclate en murmures confus :

On se plaint qu'oubliant son sang et sa promesse

H élève en sa cour l'ennemi de la Grèce,

Astyanax, d'Hector jeune et malheureux fils,

Reste de tant de rois sous Troie ensevelis.

J'apprends que pour ravir son enfance au supplice

Andromaque trompa l'ingénieux Ulysse,

Tandis qu'un autre enfant, arraché de ses bras,

Sous le nom de son fils fut conduit au trépas.

On dit que, peu sensible aux charmes d'Hermione,

Mon rival porte ailleurs son cœur et sa couronne.

Ménélas, sans le croire, en paroît affligé.

Et se plaint d'un hymen si longtemps négl'gé.

Parmi les déplaisirs où son âme se noie.

Il s'élève en la mienne une secrète joie :

Je triomphe; et pourtant je me flatte d'abord

Que la seule vengeance excite ce transport.

Mais l'inçrate en mon cœur reprit bientôt sa place :

De mes feux mal éteints je reconnus la trace;

Je sentis que ma haine alloit finir son cours;

Ou plutôt je sentis que je l'aimois toujours.

Ainsi de tous les Grecs je brigue le suffrage.

On m'envoie à Pyrrhus : j'entreprends ce voyage.

Je viens voir si l'on peut arracher de ses bras

Cet enfant dont la vie alarme tant d'États.

Heureux si je pouvois, dans l'ardeur qui me presse.

Au lieu d'Astyanax, lui ravir ma princesse!

Car enfin n'attends pas que mes feux redoublés

Des périls les plus grands puissent être troublés.

Puisque après tant d'efforts ma résistance est vaine.

Je me livre en aveugle au transport qui m'entraîne.

J'aime : je viens chercher Hermion'e en ces lieux ,

La fléchir, l'enlever, ou mourir à ses yeux.

Toi qui conno'.s Pyrrhus, que penses-tu qu'il fasse?

Dans sa cour," dans son cnc-.ir, dis-moi ce qui se passe

UoD Hermione encor le tient-elle asservi?

130 ANDROMAQUB.

Me rendra-t-il, Pylade, un bien qu'il m'a ravil

PYLADB.

Fe vous abuserois, si j'osois vous promettre

Qu'entre vos mains , seigneur, il voulût la remettre

Non que de sa conquête il paroisse flatté.

Pour la veuve d'Hector ses feux ont éclaté ;

[1 l'aime : mais enfin cette veuve inhumaine

N'a payé jusqu'ici son amour que de haine;

Et chaque jour encore on lui voit tout tenter

Pour fléchir sa captive, ou pour l'épouvanter.

De son fils qu'il lui cache il menace la tête,

Et fait couler des pleurs qu'aussitôt il arrête.

Hermione elle-même a vu plus de cent fois

Cam amant irrité revenir sous ses lois,

lit , de ses vœux troublés lui rapportant l'hommage»

Soupirer à ses pieds moins d'amour que de rage.

Ainsi n'attendez pas que l'on puisse aujourd'hui

Vous répondre d'un cœur si peu maître de lui :

11 peut, seigneur, il peut, dans ce désordre extrême.

Épouser ce qu'il hait , et perdre ce qu'il aime.

ORBSTE.

Mais dis-moi de quel œil Hermione peut voir Son hymen difi^éré, ses charmes sam. pouvoir.

PYLADE

Hermione, seigneur, au moins en apparence. Semble de son amant dédaigner l'inconstance , Et croit que, trop heureux de fléchir sa rigueur, 1 1 la viendra presser de reprendre son cœur. iMais je l'ai vue enfin me confier ses larmes : Elle pleure en secret le mépris de ses charmes; Toujours prête à partir, et demeurant toujours. Quelquefois elle appelle Oreste à son secours.

ORESTE

Ail ! si je le croyois, j'irois bientôt, Pylade, ;.;ii jeter...

PYLADE

Achevez, seigneur, votre ambassade.

Vous attendez le roi : parlez, et lui montrez Contre le fils d'Hector tous les Grecs conjurés. Loin de leur accorder ce fils de sa maîtresse , Leur haine ne fera qu'irriter sa tenfiresse. Plus on les veut brouiller» jilu« aa va les unir.

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