‹ Théatre complet. Avec des remarques littéraires et un choix de notes classiquesChapitre 78 sur 459 · PYRRHUS, ORESTE, PHOENIX · texte numérisé non relu

PYRRHUS, ORESTE, PHOENIX

OR ESTE

Avant que tous les Grecs vous parlent par ma voix. Souffrez que j'ose ici me flatter de leur choix , Et qu'à vos yeux , seigneur, je montre quelque joie De voir le fils d' Achille et le vainqueur de Troie. Oui, comme ses exploits nous admirons vos coups. Hector tomba sous lui , Troie expira sous vous ; Et vous avez montré, par une heureuse audace. Que le fils seul d'Achille a pu remplir sa place. Mais, ce qu'il n'eût point fait, la Grèce avec douleur \'ous voit du sang troyen relever le malheur. Et , vous laissant toucher d'une pitié funeste , D'une guerre si longue entretenir le reste. Ne vous souvient-il plus, seigneur, quel fut Hecti;rî Nos peuples affoiblis s'en souviennent encor. Son nom seul fait frémir nos veuves et nos filles. Et dan? toute la Grèce il n'est point de familles Qui ne demandent compte à ce malheureux fils D'un père ou d'un époux qu'Hector leur a ravis. Et qui sait ce qu'un jour ce fils peut entreprendre 7 Peut-être dans nos ports nous le verrons descendre. Tel qu'on a vu son père, embraser nos vaisseaux. Et, la flamme à la main, les suivre sur les eaux. Oserai-je, seigneur, dire ce que je pense ? Vous-même de vos soins craignez la récompense. Et que dans votre sein ce serpent élevé Ne vous punisse un jour de l'avoir conservé. Enfin, de tous les Grecs satisfaites l'envie , Assurez leur vengeance , assurez votre vie : Perdez un ennemi d'autant plus dangereux, Qu'il s'ess^era sur vous à combattre contre eux

PTRRHUS.

La Grèce en ma faveur est trop inquiétée : De soins plus importants je l'ai crue agitée.

un ANDROMAQUB.

Seigneur; et, sur le nom de son ambassadeur,

J'avois dans ses projets conçu plus de grandeur.

Qui croiroit en effet qu'une telle entreprise

Du fils d'Agamemnon méritât l'entremise;

Qu'un peuple tout entier, tant de fois triomphant.

N'eût daigné conspirer que la mort d'un enfant?

Mais à qui prétend-on que je le sacrifie?

La Grèce a-t-elle encor quelque droit sur sa vie?

Et, seul de tous les Grecs, ne m'est-il pas permis

D'ordonner d'un captif que le sort m'a soumis?

Oui , seigneur, lorsqu'au pied des murs fumants de Tro«e

Les vainqueurs tout sanglants partagèrent leur proie ,

Le sort , dont les arrêts furent alors Bsrvis ,

Fit tomber en mes mains Andromaque et son fils.

Hécube près d'Ulysse acheva sa misère;

Cassandre dans Argos a suivi votre père :

Sur eux, sur leurs captifs, ai-je étendu mes droits?

Ai-je enfin disposé du fruit de leurs exploits?

On craint qu'avec Hector Troie un jour ne renaisse :

Son fils peut me ravir le jour que je lui laisse.

Seigneur, tunt de prudence entraîne trop de soin :

Je ne sais point prévoir les malheurs de si loin.

Je songe quelle étoit autrefois cette ville

Si superbe en remparts, en héros si fertile,

Maîtresse de l'Asie; et je regarde enfin

Quel fut le sort de Troie, et quel est son destin :

Je ne vois que des tours que la cendre a couvertes.

Un fleuve teint de sang, des campagnes désertes.

Un enfant dans les fers; et je ne puis songer

Que Troie en cet état aspire à se venger.

Ah! si du fils d'Hector la perte était jurée.

Pourquoi d'un an entier l'avons-nous différée ?

Dans le sein de Priam n'a-t-on pu l'immoler?

Sous tant de morts, sous Troie, il falloit l'accabler.

Tout étoit juste alors : la vieillesse et l'enfance

En vain sur leur foiblesse appuyoient leur défense:

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