ACTE PREMIER. Uî
PYRRHUS
Et le puis-Je, madame? Ah! que vous me gênez • I
Comment lui rendre un cœur que vous me retenexT
Je sais que de mes vœux on lui promit l'empire;
Je sais que pour régner elle vint dans l'Epire;
Le sort vous y voulut l'une et l'autre amener.
Vous, pour porter des fers, elle, pour en donner.
Cependant ai-j e pris quelque soin de lui plaireî
Et ne diroit-on pas , en voyant au contraire
Vos charmes tout-puissants, et les siens dédaignés.
Qu'elle est ici captive , et que vous y régnez î
Ah ! qu'un seul des soupirs que mon cœur vous envoie.
S'il s'échàppoit vers elle, y porteroit de joie!
ANDROMAQUE
Et pourquoi vos soupirs seroient-ils repousses? Auroit-elle oublié vos services passés?
Troie, Hector, contre vous révoltent-ils son àme? Aux cendres d'un époux doit-elle enfin sa flamme I Et quel époux encore! Ah! souvenir cruel ! Sa mort seule a rendu votre père immortel : Il doit au sang d'Hector tout l'éclat de ses armes; Et vous n'êtes tous deux connus que par mes larmes.
PYRRHUS
Eh bien , madame, eh bien , il faut vous obéir : Il faut vous oublier, ou plutôt vous haïr. Oui , mes vœux ont trop loin poussé leur violence Pour ne plus s'arrêter que dans l'indifférence; bonger-y bien : il faut désormais que mon coeur, S'il n'aime avec transport, haïsse avec fureur. Je n'épargnerai rien dans ma ju^te colère : Le fils me répondra des mépris de ia mère; La Grèce le demande ; et je ne prétends pas Mettre toujours ma gloire à sauver des ingrats.
ANDROHAQDE.
Hélas ! il mourra donc ! Il n'a pour sa défense
Que les pleurs de sa mère, et que son innocence...
Et peut-être après tout, en l'état où je suis,
Sa mort avancera la fin de mes ennuis.
Je prolongeois pour lui ma vie et ma misère;
1. Le mot gêner signifiait encore, comme dans son origine et d'après son étymologie, tourmenter, du mot gène {géhenne); de là on disait metCre à la gêne pour mettre o. la question.
m ANDROMAQUB.
Mais enfin sur ses pas j'irai revoir son père. Ainsi, tous trois, seigneur, par vos soins réunis. Nous vous...
PYRRHUS
Allez, madame, allez voir votre fils.
Peut-être, en le voyant, votre amour plus timide Ne prendra pas toujours sa colère pour guide. Pour savoir nos destins j'irai vous retrouver : Uadame, en l'embrassant, songez à le sauver.
VIM DU PRBMIBK ACTB.