ACTE PREMIER. ISS
Seigneur? Quelque Troyen vous est-il échappé?
PYRRHUS
Leur haine pour Hector n'est pas encore éteinte : Ils redoutent son fils.
ANDROHAQDE.
Digne objet de leur cndntel On enfant malheureux , qui ne sait point encor Que Pyrrhus est son maître, et qu'il est fils d'HectorS
PTRRHCS.
Tel qu'il est, tons les Grecs demandent qu'il périsse. Le fils d'Agamemnon vient hâter son supplice.
ANDROHAQDE.
Et vous prononcerez un arrêt si cruel ?
Est-ce mon intérêt qui le rend criminel î
Hélas! on ne craint point qu'il venge un Jour son père}
On craint qu'il n'essuyât les larmes de sa mère.
Il m'auroit tenu lieu d'un père et d'un époux;
Mais il me faut tout perdre, et toujours par vos coapi,
PYRRHUS
Madame, mes refus ont prévenu vos larmes. Tous les Grecs m'ont déjà menacé de leurs armes; Mais , dussent-ils encore , en repassant les eaux , Demander votre fils avec mille vaisseaux , Coûtât-il tout le sang qu'Hélène a fait répandre , Dussé-je après dix ans voir mon palais en cendre. Je ne balance point, je vole à son secours, Je défendrai sa vie aux dépens de mes jours. Mais, parmi ces périls où je cours pour vous plaire, Me refuserez-vous un regard moins sévère! Haï de tous les Grecs, pressé de tous cotés. Vie faudra-t-il combattre encor vos cruautés? Je vous offre mon bras. Puis-je espérer encore Que TOUS accepterez un cœur qui vous adore? En combattant pour vous, me sera-t-il permis De PA vous point compter parmi mes ennemis?
ANDROVAQUE.
Seigneur, que faites-vous, et que dira la Grèce? Faut-il qu'un si grand cœur montre tant de foiblesse Voulez-vous qu'un dessein si beau, si généreux, Passe pour le transport d'un esprit amoureux? Captive , toujours triste , importune à moi-même , Pouvcz-vous souhaiter qu'Andromaque vous aime?
136 ANDROMAQUB.
Quels charmes ont pour vous des yeux infortanéfl Qu'à des pleurs éternels vous avez condamnés? Non , non : d'un ennemi respecter la misère , Sauver des malheureux, rendre un fils à sa mère De cent peuples pour lui combattre la rigueur Sans me faire payer son salut de mon cœur, jlalgré moi, s'il le faut, lui donner un asile; Seigneur, voilà des soins dignes du fils d'Achille.
PYRRHUS
Hé quoi! votre courroux n'a-t-il pas eu son cours!
Peut-on haïr sans cesse? et punit-on toujours?
J'ai fait des malheureux, sans doute; et la Phrygie
Cent fols do votre sang a vu ma main rougie;
Mais que vos yeux sur moi se sont bien exercés !
Qu'ils m'ont vendu bien cher les pleurs qu'ils ont versés I
De combien de remords m'ont-ils rendu la proie!
Je souffre tous les maux que j'ai faits devant Troie :
Vaincu, chargé de fers, de regrets consumé,
Brûlé de plus de feux que je n'en allumai.
Tant de soins, tant de pleurs, tant d'ardeurs inquiètes.^
Hélas ! fus-je jamais si cruel que vous l'êtes ?
Mais enfin, tour à tour, c'est assez nous punir;
Nos ennemis communs devroient nous réunir;
Madame, dites-moi seulement que j'espère.
Je vous rends votre fils, et je lui sers de père;
Je l'instruirai moi-même à venger les Troyens;
J'irai punir les Grecs de vos maux et des miens.
Animé d'un regard, je puis tout entreprendre :
Votre Ilion encor peut sortir de sa cendre ;
Je puis , en moins de temps que les Grecs ne l'ont pris
Dans ses murs relevés couronner votre fils.
ANDROHAQUE.
Seigneur, tant de grandeurs ne nous touchent plus guèrei Je les lui promettois tant qu'a vécu son père. Non , vous n'espérez plus de nous revoir encor, Sacrés murs, que n'a pu conserver mon Hector! A de moindres faveurs des malheureux prétendent , Seigneur ; c'est un exil que mes pleurs vous demandeoL Souffrez que, loin des Grecs, et même loin de vous. J'aille cacher mon fils, et pleurer mon époux. Votre amour contre nous allume trop de haine Retournez, retourne! à la fille d'Hélène.