‹ Théatre complet. Avec des remarques littéraires et un choix de notes classiquesChapitre 89 sur 459 · PYRRHUS, PHOENIX · texte numérisé non relu

PYRRHUS, PHOENIX

PYRRHDS.

Hé bien, Phœnix, l'amour est-il le aître ! Tes yeux refosent-ils encor de me connoitreî

PIICENIX.

kbl je vous reconuois: et ce juste courroux,

i48 ANDROMAQUK.

Ainsi qu'à tous les Grecs, seigneur, vous lend à Vous Ce n'est plus le jouet d'une flamme servile; C'est Pyrrhus, c'est le fils et le rival d'Achille, '^ne la gloire à la fin ramène sous ses lois, t^ui triomphe de Troie une seconde fois.

PYRRHUS

Dis plutôt qu'aujourd'hui commence ma victoire s D'aujourd'hui seulement je jouis de ma gloire; Kt mon cœur, aussi fier que tu l'as vu soumis , Croit avoir en l'amour vaincu mille ennemis. Considère, Phœnix, les troubles que j'évite. Quelle foule de maux l'amour traîne à sa suite. Que d'amis, de devoirs, j'allois sacrifier, Quels périls... un regard m'eût tout fait oublier : Tous les Grecs conjurés foudoient sur un rebelle. Je trouvois du plaisir à me perdre pour elle.

PHOENIX

Oui , je bénis , seigneur, l'heureuse cruauté Qui vous rend...

PÏRRHLS.

Tu l'as vu comme elle m'a traité.

Je pensois, en voyant sa tendresse alarmée. Que son fils me la dût renvoyer désarmée : J'allois voir le succès de ses embrassemenis; Je n'ai trouve que pleurs mêlés d'emportements. Sa misère l'aigrit; et, toujours plus farouche. Cent fois le nom d'Hector est sorti de sa bouche. Vainement à son fils j'assurois mon secours : « C'est Hector, disoit-elle en l'embrassant toujours» « Voilà ses yeux, sa bouche, et déjà son audace* ; « C'est lui-même, c'est toi, cher époux, que j'embrasse, t Eh! quelle est sa pensée? attend-elle en ce jour Que je lui laisse un fils pour nourrir son amour?

PHOENIX

Sans doute, c'est le prix que vous gardoit l'ingrate. Mais laissez-la, seigneur.

PYRRHUS

Je vois ce qui la flatte :

Sa beauté la rassure; et, malgré mon courroux, L'orgueilleuse m'attend encore à ses genoux.

l. iSi^ ocuUa, tic ille manus, tic ora ferebct. ( Enéide, liv il J

ACTB II. 14f7

Je la verrois aux minns, Phœnix, d'un oeil tranquille Elle est veuve d'Hertor, et je suis fils d'Achille : Trop de haine sépar« Andromaque et Pyrrhus.

PHOEMX.

Commencez donc, seigneur, à ne m'en parler plus» Allez voir Hennione; et, content de lui plaire. Oubliez à ses pieds jusqu'à votre colère. Vouç-môme à cet hymen venez la disposer • Est-ce sur un rival qu'il s'es. faul reposer? 11 ne l'aime que trop.

PYRRnns.

Crois-tu , si je l'épouse, Qu'Andromaque en son cœur n'en sera pas jalouse?

PHOKNIX.

Quoi! toujours Andromaque occupe votre esprit! <^ue vous importe, ô dieux! sa joie ou son dépit? Quel charme, malgré vous, vers elie vous attire?

PYRRHUS

Non, Je n'ai pas bien dit tout ce qu'il lui faut dire i

Ma colère à ses yeux n'a paru qu'à demi ;

Elle ignore à quel point je suis son ennemi.

Retournons-y. Je veux la braver à sa vue.

Et donner à ma haine une libre étendue.

Viens voir tous ses attraits, Phœnix, humiliés.

Allons.

PHGEMX.

Allez, seigneur, vous jeter à ses pieds j Allez, en lui jurant que votre âme l'adore, A de nouveaux mépris l'encourager encore.

PYRRHUS

Je le vois bien , tu crois que , prêt à l'excuser, M on cœur court après elle , et cherche à s'apaiser.

phoeuix.

^ ous aimez : c'est assez.

PYRRHOS.

Moi , l'aimer? une ingrate Qui me hait d'autant plus que mon amour la flatte? Sans parents , sans amis , sans espoir que sur moi ? Je puis perdre son fils, peut-ôtre je le doi : Étrangère... que dis-je? esclave dans lIÉpire, Je lui donne son fils, mon âme, mon empire; Et je ne puis gagner dans son perfide cœur

148 ANDROMAQUE

D'autre rang que celui de son persécuteur ! Non, non, je l'ai juré, ma vengeance est certaine} Il faut bien une fois justifier sa haine : J'abandonne son fils. Que de pleurs vont couler I De quel nom sa douleur me va-t-elle appeler! Quel spectacle pour elle aujourd'hui se dispose ! Elle en mourra, Phœnix, et j'en serai la cause : C'est lui mettre moi-môme un poignard dans le seia,

PHCEMX.

Et pourquoi donc en faire éclater le dessein ? Que ne consultiez-vous tantôt votre foiblesse?

PYRRHDS.

Je t'entends. Mais excuse un reste de tendresse. Crains-tu pour ma colère un si foible combat? D'un amour qui s'éteint c'est le dernier éclat. Allons. A tes conseils, Phœnix, je m'abandonne. Faut^il livrer son fils? faut-il voir Hermione?

PHOEMX.

Oui, voyez-la, seigneur; et, par des vœux souiiiis. Protestez-lui...

PYRRHUS

Faisons tout ce que j'ai promis.

riN DD OBUXI&MB ACTE.

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