‹ Théatre complet. Avec des remarques littéraires et un choix de notes classiquesChapitre 90 sur 459 · ORESTE, PYLADE · texte numérisé non relu

ORESTE, PYLADE

PTLADB.

Modérer donc, seigneur, cette fureur extrême t

Je ne vous connois plus; vous n'êtes plus vous-même.

Souffrez...

Non, tes conseils ne sont plus de suison, Pylade: je suis las d'écouter la raison.

ACTB IIL

Cest traîner trop longtemps ma vie et mon supplice t Il faut que je l'enlève, ou bien que je périsse. Le dessein en est pris; je le veux achever. Oui, je le veux.

PTLADE.

Eh bien, il la faut enlever; Ty consens. Mais songez cependant où vous êtes. Que croira-t-on de vous , à voir ce que vous faites? Dissimulez : calmez ce transport inquiet; Commandez à vos yeux de garder le secret. Ces gardes, cette cour, l'air qui vous environne, Tout dépend de Pyrrhus, et surtout d'Hermione. A ses regards surtout cachez votre courroux. O dieux! en cet état pourquoi la cherchiez-vousî

ORESTE

Que sais-je! De moi-même étois-je alors le maître î La fureur m'emportoit, et je venois peut-être Menacer à la fois l'ingrate et son amant.

PTLADE.

Et quel étoit le fruit de cet emportement?

ORBSTB.

Et quelle âme, dis-moi, ne seroit éperdue

Du coup dont ma raison vient d'être confondue?

Il épouse, dit-il, Hermione demain;

Il veut, pour m'honorer, la tenir de ma main.

Ah! plutôt cette main dans le sang du barbare...

PYLADE

Vous l'accusez, seigneur, de ce destin bizarre; Cependant, tourmenté de ses propres desseins. Il est peut-être à plaindre autant que je vous plains.

ORESTE

Non, non; je le connois, mon désespoir le flatte; Sans moi, sans mon amour, il dédaignoit l'ingrate; Ses charmes jusque-là n'avoient pu le toucher : Le cruel ne la prend que pour me l'arracher. Ah, dieux! c'en étoit fait : Hermione gagnée Pour jamais de sa vue alloit être éloignée; Son cœur, entre l'amour et le dépit confus. Pour se donner à moi n'attendoit qu'un refus; Ses yeux s'ouvroient, Pylade; elle écoutoit Oreste, Lui parloit, le plaignoit... Un mot eût fait le reste.

150 ANDROMAtZUB.

PTLADE,

Vous le croyez !

ORESTE

Eh quoi! ce courroux enflammé Contre un ingrat...

PTLADE,

Jamais il ne fut plus aimé.

Pensez-vous, quand Pyrrhus vous l'auroit accordée. Qu'un prétexte tout prêt ne l'eût pas retardée ? M'en croirez-vousî Lassé de ses trompeurs attraits. Au lieu de l'enlever, fuyez-la pour jamais. Quoi ! votre amour se veut charger d'une furie Qui vous détestera , qui , toute votre vie , Regrettant un hymen tout prêt à s'achever. Voudra...

ORBSTB.

C'est pour cela que je veux l'enlever.

Tout lui riroit, Pylade; et moi, pour mon partage, Je n'emporteroi» donc qu'une inutile rage? J'irois loin d'elle encor tâcher de l'oublier? Non, non; à mes tourments je veux l'associer : C'est trop gémir tout seul. Je suis las qu'on me plaigne. Je prétends qu'à mon tour l'inhumaine me craigne, Et que ses yeux cruels , à pleurer condamnés , Me rendent tous les noms que je leur ai donn^

PTI.ADE.

Voilà donc le succès qu'aura votre ambassade i Oreste ravisseur !

ORESTB.

Et qu'importe, PylndeT Quand nos États vengés jouiront de mes soins. L'ingrate de mes pleurs jouir»r-t-elle moinsT Et que me servira que la Gr^ce TO'admire , Tandis que je serai la fable de l'Épire? Que veux-tu? Mais, s'il faut ne te rien déguiser. Mon incocence enfin commence à me peser. Je ne sais de tout temps quelle injuste puissance Laisse le crime en paix, et poursuit l'innocence. De quelque part sur mo? que je tourne les yeux , Je ne vois que malheurs qui condamnent les dieux. Méritons leur courroux, justifions leur haine Et que le fruit du crimn en précède la pein(«.

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