SCÈNE VIII
ANDROMAQUE, CÉPHISE
CÉPHISE
Je vous l'avois prédit , qu'en dépit de la Grèce , De votre sort encor vous seriez la maltresse.
158 ANDROMAQUB.
ANDROHAQDB.
Hélas! de quel effet tes discours sont suivis I Il ne me restoit plus qu'à condamner mon fila.
CéPHISB.
Ma dame , à votre époux c'est être assez fidèle : Tr op de vertu pourroit vous rendre criminelle. L ni-même il porteroit votre âme à la douceur.
ANDROMAQCE.
Quoi! je lui donnerois Pyrrhus pour successeur I
CÉPHISE
Ainsi le veut son fils , que les Grecs vous ravissent.
Pensez-vous qu'après tout ses mânes en rougissent?
Qu'il méprisât, madame, un roi victorieux
Qui vous fait remonter au rang de vos aïeux ,
Qui foule aux pieds pour vous vos vainqueurs en colère,
Qui ne se souvient plus qu'Achille étoit son père,
Qui dément ses exploits et les rend superflus?
ANDROMAQUE
Dois-je les oublier, s'il ne s'en souvient plus?
Dois-je oublier Hector privé de funérailles.
Et traîné sans honneur autour de nos murailles?
Dois-je oublier mon père à mes pieds renversé.
Ensanglantant l'autel qu'il tenoit embrassé * î
Songe , songe , Céphise , à cette nuit cruelle
Qui fut pour tout un peuple une nuit éternelle;
Figure-toi Pyrrhus, les yeux étincelants,
Entrant à la lueur de nos palais brûlants ,
Sur tous mes frères morts se faisant un passage.
Et, de sang tDut couvert , échauffant le carnage ;
Songe aux cris des vainqueurs , songe aux cris des mouranu
Dans la flamme étouffés , sous le fer expirants ;
Peins-toi dans ces horreurs Andromaque éperdue :
Voilà comme Pyrrhus vint s'offrir à ma vuej
Voilà par quels exploits il sut se couronner;
Enfin , voilà l'époux que tu me veux donner.
Non, je ne serai point complice de ses crimes;
Qu'il nous prenne, s'il veut, pour dernières victimes.
l'eus mes ressentiments lui seroient asservis 1