‹ Théâtre complet de Auguste VacquerieChapitre 162 sur 165 · DON A BEATRIZ, DON JORGE · texte numérisé non relu

DON A BEATRIZ, DON JORGE

DON A BEATRIZ, se relevant et venant à don Jorge.

Maintenant que j'ai remercié Dieu, me voilà.

DON JORGE

Pourquoi venez-vous ici?

DONA BEATRIZ.

Tu es vivant! merci! Depuis hier, je ne respirais plus. Cet enterrement auquel tu avais prié le roi m'étouffait. Tu ne sais pas la nuit que j'ai passée! Et ce matin ! on ne voulait pas me laisser entrer. Il me semblait que je ne te reverrais jamais. Oh ! que j'aie besoin delà violence pour arriver à mon enfant! A présent, causons. Pour qui est cette fosse? N'importe, tu es vivant ; qu'elle soit pour qui elle voudra^ puisqu'elle n'est pas pour toi!

DON JORGE

Qui vous dit qu'elle n'est pas pour moi?

Pour toi! Es-tu insensé? Puisque tu es vivant!

DON JORGE

Vous croyez?

DONA BEATRIZ.

Je crois que tu es vivant !

DOX JORGE.

Madame, allez-vous-en. L'heure approche où il va se faire ici une chose que je ne désire pas que vous voyiez.

DOS" A BEAT RIZ

Tu ne vas pas te . . . !

DO.\ JORGE

Non. Allez-vous-en.

DON A BEATRIZ.

Je ne m'en irai pas !

dox JORGE.

Savez-vous à quoi vous vous exposez en restant?

DO 5" A BEATRIZ.

Si j'en meurs, tant mieux!

DOX JORGE.

Ne restez pas. Rappelez-vous de qui je descends. Rappelez-vous Ruy Gonzalès. Il n'était question dans toute la Castille que du château que don Ruy Gonzalès venait de se faire bâtir. Le roi d'alors écrivit à don Ruy que sa reine était curieuse de voir ce château, et qu'elle viendrait le visiter tel jour. Don Ruy récompensa largement le messager de cette grande nouvelle, acheva vite d'orner ses murs, et prépara une hospitalité digne de l'hôtesse. Au jour dit, les clairons sonnèrent, don Ruy sortit avec tous ses gentilshommes, et vit arriver, la bannière royale au vent, une cavalcade nombreuse, la moitié de la cour, et, au centre, au lieu de la reine, la maîtresse du roi. Ruy Gonzalès était vieux, il n'avait pas appris à désobéir au roi; il

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