‹ Théâtre complet de Auguste VacquerieChapitre 17 sur 165 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

TRAGALDABAS, — puis MINOTORO et GRIF.

TRAGALDABAS

Nous étions là tous deux parmi trente vauriens, Et nous jouions aux dés, — chacun avec les siens . Du premier coup, j'ai douze. 0 fortune jalouse, Je riais ! Mais voici que l'autre tourne — douze !

TRAGALD AB AS.

C'est à recommencer. Je penche le cornet.

J'ai douze. A lui le tour. D'un air facile et net

Il agite les dés.— Douze! Je désespère,

Mais, pour savoir à fond ce qu'était ce repaire,

J'essaie encore un coup. J'ai douze. Le maraud

Remet d'abord ses dés dans sa poche, et, tout haut.

Devant tout le tripot que le vacarme attire,

Crie : — On triche ! — C'est bien à vous !... allais-je dire,

Quand soudain je reçois sur la joue un soufflet

Qui pour jamais me teint de pâle en violet.

On m'insulte. A la porte ! On m'y flanque avec verve.

Et vertueusement cette bande conserve

Tout mon argent. J'avais mis tout sur le tapis

Pour allumer le jeu. Rincé ! — Ma foi, tant pis !

Car, puisque j'ai laissé démolir sans ressource

Mon honneur, ptt! mon dos, liai! mais, grand Dieu! ma bourse

Et que je n'ai tenté nulle rébellion,

Je vois ce que je suis, — je n'ai rien du lion.

Quelle chance! C'est très dangereux, le courage!

On se blesse d'un mot, on est pris de la rage

Du duel, et l'on se fait découdre le pourpoint.

Après ce que je viens d'endurer, je n'ai point A craindre que jamais, pour un mot qui mal sonne, On me voie envoyer des témoins à personne. Bonsoir le point d'honneur et le respect humain! Je respire. Je vais marcher dans mon chemin, Libre, fier, aspirant l'air à pleine narine ! Car, certes, si j'avais au fond de la poitrine Je ne dis pas le cœur d'Achille ou d'Annibal, Mais un cœur ramassé par terre dans un bal, Un cœur infatué de gloriole vile,

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