ACTE DEUXIÈME 47 Qu'y met l'autre... — Voyons toujours un peu
A GriL
Mon brave,
Est-ce que le sujet de la querelle est grave?
G RI F
Des plus graves. 11 a traité d'un ton léger Un plat que j'aime.
DON ELISEO, souriant.
Alors cela peut s'arranger.
GRIF,
Vous êtes son ami, je l'aperçois sans peine.
DON ELISEO.
Je risquerais ma vie au besoin pour la sienne. Grevez-lui les deux yeux !
GRIF.
Quoi?
DON ELISEO.
Ne vous gênez point Pour lui faire sauter les dents à coups de poing. Je ne tiens qu'à sa vie, et, pourvu qu'il existe, Vous me rébrancheriez, je n'en serais pas triste, Et même, à dire vrai, j'en serais enchanté. Mutilez mon ami, sans nuire à sa santé, Et je vous bénirai de la figure plate Qu'il fera n'ayant plus nez, oreille ni patte !
GRIF.
C'est une autre façon d'entendre l'amitié.
DON ELISEO.
Je n'ai pas l'amitié gourmande. Une moitié
Ou même un quart d'ami peut très bien me suffire.
C'est entendu ?
GRIF.
Jamais. Je tiens à le détruire.
Parce qu'il a parlé légèrement d'un mets?
GRIF.
Que j'aime.
DON ELISEO.
S'il vous fait des excuses?
GRIF.
Jamais!
DON ELISEO.
Allons,— on m'attend, moi, finissons-en, monmaître,— Ce duel n'est pas possible.
GRIF.
11 se fera.
DON ELISEO.
Peut-être !
A Tragaldabas et à Minotoro.
Cette affaire est stupide et n'ira pas plus loin.
MINOTORO.
Pourquoi?
DON ELISEO.
Par la raison qu'il vous manque un témoin. Je me retire.
MINOTORO.
Tiens !