‹ Théâtre complet de Auguste VacquerieChapitre 49 sur 165 · DON EL1SEO, TRAGALDABAS · texte numérisé non relu

DON EL1SEO, TRAGALDABAS

DON ELISEO.

Bonjour, Trag...

Frappé de ses gestes. A part.

Qu'a-t-il à se tordre

Les mains?

TRAGALDABA S.

Mais non, voyons cela plus sagement.

Cette fiole contient ie grand soulagement. Une goutte de toi suffit pour qu'on guérisse, Remède sacré ! lait de la noire nourrice ! Plus puissant que celui qu'au berceau j'ai tété : J'y bus la vie, ici je bois l'éternité!

DON ELISEO, accourant.

Du poison!

TRAGALDABAS

T R AGALD AB AS.

J'ignorais, sehor... J'avais cru clore

La porte...

don [eliseo.

Ah çà, comment! tu vas mourir encore!

TRAGALDABAS

C'est la dernière fois.

DON ELISEO.

Et tu ne diras pas Aujourd'hui que tu n'es pour rien dans ton trépas! Ta raison de mourir?

TRAGALDABAS

Votre raison de vivre?

Entre nous, l'existence est un assommant livre. Tenez, je trouverais simple et raisonnable, oui, Qu'un homme se tuât seulement par ennui D'avoir à s'habiller tous les jours. Valet, maître, Voici la vie : ôter ses bas pour les remettre. Sehor, comprenez-vous quelque chose de plus Écœurant à la fin que ce flux et reflux D'étoffe? Heureux les chiens! quand je vois que les bêtes JN'ont ni botte à leurs pieds, ni chapeau sur leurs têtes, Ni culotte, il me vient un si parfait mépris De notre humanité — que souvent il m'a pris, Au risque d'égayer une foule accourue, Une tentation d'aller nu dans la rue!

Mais la police!... Encor si, vêtu, j'y consens, On l'était pour un laps, je ne dis pas dix ans, Mais si l'on n'ôtait pas sa chausse à peine mise I Si Ton était un an sans changer de chemise !

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