‹ Théâtre complet de Beaumarchais, réimpr. des éd. princeps, avec les variantes des MSS. originaux (volume 2)Chapitre 1 sur 184 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

f ES écriTains du XVI' et du XYII* siècle ont Nea seuls jusqu'à ce jour les honneurs de préimpressions fréquentes et aussi remarquables par le soin apporté aux moindres détails de leur exécution matérielle que par la pureté des textes choisis et la nouveauté des documents qui les accompagnent. Cet appardl de recherches de tous genres, cette application scrupuleuse à donner un texte véritablement auAentique et complet, s^ezpliquent aisément, si l'on songe aux années nombreuses qui nous séparent de ces écrivains. Nous entendons leur langue, elle est la nôtre, mais elle est cependant déjà assez loin de nous pour que ses variations, ses chan-

gements fréquents et toujours curieux, nous soient expliqués avec toute la sollicitude dont nous parlons. Notre intelligence et notre admiration y trouvent ainsi Tune et Tautre largement leur compte.

Le XVI IP siècle, au contraire, n'a pas encore été l'objet de semblables travaux. Il ne faut pas voir un oubli regrettable ou un abandon systématique dans ce fait qui s'explique de lui-même. Le XVIIP siècle est encore bien près de nous, les souvenirs en sont vivants ; les hommes de cette époque, quelquesuns d'entre nous ont pu les connaître, le temps n'a point encore altéré leurs écrits, leur langage n'a pas cessé d'être le nôtre, nous le comprenons sans peine et nous l'admirons sans effort. Un jour viendra cependant où tous ces souvenirs seront oubliés, et où pour les réunir il faudra aux commentateurs bien des recherches et bien du temps. Les éditions originales elles-mêmes des écrivains du XVIII* siècle deviendront dans la suite de plus en plus rares, ainsi que bien des documents qu'il est encore possible de rassembler aujourd'hui.

Pour rendre moins pénibles et pour simplifier les travaux à venir, il nous a paru opportun de consacrer à l'une des gloires dramatiques les plus brillantes de cette époque ces soins et ces recherches que nous disions tout à l'heure avoir été jusqu'ici

Tapan&ge des écrivains du XVI^ et du XVIP siècle* Quelles sont les éditions des Œuvres complètes ou du Théâtre seul de Beaumarchais qui jusqu^à ce jour ont obtenu , sinon mérité, la faveur du public ? Celle de 1780 (s. l.,4 volumes in-8^} est la moins complète et n^a certainement pas été donnée ou revue , comme on pourrait le croire, par Beaumarchais. La preuve évidente en est dans les omissions fréquentes et les fautes nombreuses qu^elle renferme. L'édition de G>llin (Paris, 1 809, 7 volumes in-8^} a toujours eu jusqu'à présent un certain crédit. Enrichie de notes et de dissertations dues à Gudin de la Brenellerie, Fami inséparable, le secrétaire complaisant de Beaumarchais, elle a été textuellement reproduite d'abord par Ledoux en 1 821, puis par Furne en 1826. Ces trois éditions ainsi que les éditions partielles < ne contenant que le Théâtre ne donnent pas toujours un texte complet et parfaitement conforme aux diverses pièces publiées par Beaumarchais lui-même.

Nous avons, au contraire, dans notre édition, fidèlement reproduit le texte des éditions princeps données du vivant de Fauteur, revues et corrigées par

I. Nous citerons les principales: Œuvres choisies de Beau' marchais, préc^ées d'une Notice sur sa vie et ses ouvrages, par M. Auger. Édition stéréotype. 3 volumes in-i8. — Menard et Desenne. Paris, 1818. 4 volumes in- x 8 ornés de 7 figures. — Édition stéréotype d'Hertn. Pftris, 1825. 2 volumes in-i8. -^Etc.

lui. Nous avons en outre conservé au titre de chacune d^elles son aspect typographique, mais sans nous imposer la même loi pour l'impression du texte. Ce que nous avons voulu, c'est que notre édition se distinguât par Télégance et le bon goût de Texécudon , et, pour que rien n'y manquât de ce qui constitue un vrai livre de bibliophile, nous avons fait dessiner et graver par M. Le Mairç des fleurons et des lettres ornées, reproduisant avec autant d'exactitude que de finesse le style ornemental du XVIIP siècle.

Mais cette reproduction sévère des textes originaux, non plus que le luxe dont nqus avons entouré notre réimpression en la confiant à M. Jouaust, un maître expert et délicat de la typographie , ne nous a paru un titre suffisant à la faveur des amis des beaux et bons livres ; il fallait à cette édition pkis d'imprévu et de singularité.

Grâce au bienveillant concours de M. Edouard Thierry, l'administrateur érudit de la G)médie- Française, non-seul^nent nous avons eu l'heureuse fortune de pouvoir coUationner et copier les manuscrits de Beaumarchais qui s'y trouvent conservés, mais il nous a encore été donné de fouiller les archives de cet établissement, si riches en documents de tous genres. Les honneurs nous en ont été Mis par

M. Léon Guillard, avec autant d'intelligence que d'urbanité.

Tout ce qui concernait Beaumarchais a été parnous largement mis à contribution : éditions originales^ copies des manuscrits de l'auteur revues, certifiées et approuvées par lui, registres des recettes tenus jour par jour et classés par année, livres de réception des pièces nouvelles, cahier des représentations à la Cour, manuscrits inestimables, encore à peine explorés et récemment achetés i Londres' par M. Edouard Foumier pour le compte de la G>médie ; renseignements curieux demandés et pris de vive voix auprès de l'expérimenté direaeur et de quelques aimables Sociétaires qui ont plus particulièrement le goût et la pratique de tout ce qui touche aux lettres, nous n'avons rien négligé, rien omis de ce qui pouvait être utile à notre publication.

Nous avons également mis à profit le précieux manuscrit du Mariage de Figaro que possède la Bibliothèque Impériale. Pour ce qui regarde lopéra de Tarare^ des documents inédits ont été mis à notre disposition par l'Académie Impériale de Musique avec la même complaisance que

I. n est longuement parlé de ces manuscrits au tomç (I dç C0tte édition.

nous avions rencontrée à la Comédie- Française.

Nous n'avons pas entrepris de faire une Vie de Fauteur; il ne nous a pas paru opportun de suivre dans ses détails l'existence d'un homme qui, s'il est arrivé à la renommée grâce %, de brillantes facultés, n'a jamais pu parvenir à la considération.

Nous nous sommes bornés à mettre en tête de chaque pièce une notice faite d'après des documents la plupart inédits. Ces différentes notices contiennent la vie littéraire de Beaumarchais, la seule dont nous ayons à nous occuper ici.

Enfin nous avons relevé avec le plus grand soin les nombreuses et curieuses variantes offertes par les manuscrits que nous avons été à même de consulter. Ces variantes ont été placées à la suite de chacune des pièces auxquelles elles correspondent.

Le portrait qui accompagne cette édition, gravé par M. Gilbert, est la reproduction d'une très-belle gravure d'après C. N. Cochin, que nous avons trouvée au cabinet des estampes de la Bibliothèque Impériale.

Ce portrait, le seul que Beaumarchais ait jamais consenti à laisser faire, a été peint par Cochin en

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