I. Variante 27. — a. Variante
AURELLY.
Ce nouveau Noble, si plein de sa dignité, si gros d'argent et si bouffi d'orgueil qu'il croit toujours se commettre lorsqu'il salue un Roturier.
MÉLAc père, distrait.
Moins il y a de distance entre les hommes, plus ils sont pointilleux pour la &ire remarquer.
AURELLY.
Celui-ci, qui jusqu'à Tépoque de mes Lettres de Noblesse ne m'avait jamais regardé, s'avise de me complimenter aujourd'hui d'un ton supérieur : « Je me flatte, m'a-t-il dit, que vous quittez enfin le commerce avec la roture. »
Mélac père, à part.
Ah! Dieux!
AURELLY.
Quoi?
MÉLAC père , s'efforçant de rire.
Je crois l'entendre.
AURELLY.
c Au contraire, Monsieur, ai-je répondu; je ne puis mieux reconnaître le nouveau bien que je lui dois qu'en continuant à l'exercer avec honneur. »
MéLAc père, embarrassé.
Ah! mon ami! le Commerce expose à de si terribles revers !
AURELLY.
Tu m'y feis songer : l'Agent de Change ne s'explique pas ; mais, à son air, je gagerais que le paiement ne se passera pas sans quelque Banqueroute considérable.
MéLAC père.
Je ne vois jamais ce tems de crise sans éprouver un serrement de cœur sur le sort de ceux à qui il peut être fiital.
Et moi, je dis que la pitié qu'on a pour les frippons n'est qu'une misérable faiblesse, un vol qu*on Êdt aux honnêtes gens. La race des bons est-elle éteinte pour?...
MÉLAC père.
Je ne parle point des frippons.
AuRELLY, avec chaleur.
Les mal-honnêtes gens reconnus sont moins à craindre que ceux-ci : Ton s'en méfie; leur réputation garantit au moins de leur mauvaise foi.
MéLAC père.
Fort bien; mais....
AURJCLLY.
Mais un méchant qui travailla vingt ans à passer pour honnête-homme porte un coup mortel à la confiance quand son fantôme d'honneur disparaît : l'exemple de sa fiiusse probité fiiit qu'on n'ose plus se fier à la véritable.
MiLAc pere, douloureusement.
Mon cher Aurelly, n'y a-t-il donc point de Nullités excusables? Il ne £ïut qu'une mort, un retard de fonds, il ne £eiut qu'une Banqueroute frauduleuse un peu considérable, pour en entraîner une foule de malheureuses.
Aurelly.
Malheureuses ou non, la sûreté du commerce ne permet pas d'admettre ces subtiles différences, et les £ûllites qui sont exemptes de mauvaise foi ne le sont presque jamais de témérité.
MÉLAC père.
Mais c'est outrer les choses que de confondre ainsi...
Je voudrais qu'il 7 eût là-dessus des loix si sévères qu'elles forçassent enfin tous les hommes d'être justes.
MéLAC père.
Eh! mon ami, les loix contiennent les méchans sans les rendre meilleurs, et les moeurs les plus pures ne peuvent sauver un honnête homme d'un malheur imprévu.
Aurelly.
Monsieur, la probité du Négociant importe à trop de gens pour qu'on lui fasse grâce en pareil cas.
MéLAC père.
Mais écoutez-moi.
AURBLLY.
Je vais plus loin. Je soutiens que l'honneur des autres est engagé à ce que celui qui ne paye pas soit flétri publiquement.
M£lac père, mettant ses mains sur son visage. Ah! bon Dieu!
AURELLY.
Oui, flétri. S'il est malheureux, entre mourir et paraître indigne de vivre, le choix est bien-tôt feit, je crois ; qu'il meure de douleur, mais que son exemple terrible augmente la prudence ou la bonne-foi de ceux qui Font sous les yeux.
Mélac père, s'échauffant.
Vous condamnez sans distinction à l'opprobre un infortuné comme un coupable?
Je n'y mets pas de différence.
MfLAc père.
Quoi ! si l'un de vos amis, victime des événemens?...
AURELLY.
Je serais son Juge le plus sévère.
Mélac père, le regardant fixement.
Si c'était moi ?
AURBLLY.
Si c'était toi ?... Son air m*a &it trembler.
Mélac père.
Vous ne répondez pas?
AvKEVLYj fièrement.
Si c'était vous?... (Avec effusion,) Mais premièrement tu n'es pas Négociant; et voilà comme tu fiiis toujours: quand tu ne peux convaincre mon esprit, tu attaques mon cœur.
MiLAC père, à part.
Oh Ciel! comment lui apprendre?...