‹ Théâtre complet de Beaumarchais, réimpr. des éd. princeps, avec les variantes des MSS. originaux (volume 2)Chapitre 7 sur 184 · Beaumarchaii et son tempt^ tome I · texte numérisé non relu

Beaumarchaii et son tempt^ tome I

sible à Beaumarchais; sa phrase est toujours étudiée, elle aime le contraste et les antithèses*.

Cette dernière opinion est plus particulièrement applicable aux drames ^Eugénie et des Deux Amis. Le style de Beaumarchais n'était pas encore sien ; il ne Savait pas alors exercéy comme il allait le faire peu après, dans ses merveilleux mémoires, qui ont été le scandale et l'amusement de la seconde partie du XVIII^ siècle. Il ne faut pas oublier qu'Eugénie est le premier écrit public de Beaumarchais; c'est son premier essai, son début comme homme de lettres. La verve, la gaieté, les saillies à emporte-pièce, les mots terribles et sanglants, viendront en leur temps, et bientôt ; le style alors sera incisif et brillant, et V esprit coulera à flots et comme d'une intarissable source.

Cependant, en dépit des critiqueurs et de la critique, le drame ^'Eugénie a eu, dans la nouveauté, une assej longue suite de représentations*; il a été repris souvent depuis à Paris et même en province.

J'ai relevé, sur les registres tenus journellement à la Comédie - Française, le chiffre des recettes • faites

I. Histoire philosophique et littéraire du Théâtre-Français, tome II.

a. 11 eut même les honneurs de la traduction. Peu de temps après la première représentation d'Eugénie k Paris, Garrick, le célèbre acteur anglais, alors directeur du théâtre de Drury-Lane, fit traduire et )ouer à Londres la pièce de Beaumarchais, sous le titre : L'École des Roués (The School for Rakes). Elle eut assez de succès, et Garrick y fut très- remarquable dans le principal rôle.

3. Voici, d'autre part, à propos des bénéfices que Beaumarchais dut retirer de sa pièce, quels étaient alors les droits payés par la Comédie-Française aux auteurs dont elle représentait les ouvrages :

(i II revient aux auteurs, dit le règlement du temps, du produit de leurs pièces, sçavoir :'pour les tragédies ou comédies en cinq actes, le neuvième de la recette nette après qu'on aura prélevé les frais journaliers et ordinaires; pour les pièces en trois actes, le douzième ; pour les pièces en un acte, le dixhuitième. »

De nos jours les auteurs joués au Théâtre-Français perçoivent par soirée quinze pour cent de droits sur la recette brute.

— i5 — pendant les dix premières représentations <f Eugénie : ti« représentation. Jeudi

4nw —

5mt

Jeudi

29 janvier,

3,6x6 livres*.

Samedi

Mercredi

4 février,

Samedi

Lundi

Mercredi

Samedi

Samedi

27 avril *,

Lundi

Jeudi

2 mai,

I. Contrairement à ce qui se passe aujourd'hui, la première représentation d'une pièce était alors la plus fructueuse comme recette. Le service de la presse était à peu près nul, et les grands personnages assistaient, autant par mode que par goût, et toujours pour leur argent, à toutes les premières représentations importantes.

3. Cette huitième représentation fut ainsi retardée de plus de deux mois par une maladie de Préville, qui jouait le rôle du baron Hartley.

Voici quelques notes sur Préville et les autres'artistes qui ont créé Eugénie:

Préville (le baron Hartley), de son vrai nom Dubus (Pierre-Louis), né en 173 1; acteur des Français en I733; retraité en 1786; mort en 1799. Il demeurait, en 1767, rue Mazarine. Les Mémoires publiés sous son nom, en i8i3, sont en partie apocryphes.

Bellecourt (comte de Clarendon), de son vrai nom Gilles (Jean-Claude), né en 1725; d'abord peintre avant d'entrer au Théitre-Français (1751); mort en 1778. Il résidait alors rue de Toumon.

Sa femme, actrice du Théâtre-Français depuis 1747, excellait dans les rôles de soubrette,

Grandval (Cowerly), né Racot (Charles-François), en 1711. Admis au Théâtre- Français en 1729, il le quitta en 1768, avec une pension de retraite de i,5oo livres; mort en 1784. Il a écrit quelques jolies comédies.

Velene (sir Charles), que YAlmanach des spectacles appelle Velaine; comédien pensionnaire du Théâtre-Français. Il demeurait rue Pierre-Sarrazin.

Auger (Drink), acteur des Français depuis 1 763. Il résidait rue des Cordeliers,

Feulie (Robert), excellent valet de comédie, admis acteur des Français en 1766. II demeurait rue de Condé.

M" PréviUe{fA'^ Murer), femme de Dubus dit Préville, ci-deasos désigné» Elle était actrice du Théâtre-Français depuis 1757.

M^>« Doiigny (Eugénie), actrice du Théâtre-Français depuis 1764. Elle avait one réputation de vertu non moins que de beauté. Elle quitta le thSIltre, en 1783, pour épouser un écrivain da temps, M. Dudoyer. En 1767 elle résidait me de Seine.

M"« Fanier (Betsy), actrice du Théâtre-Français depuis 1766. Elle demeurait alors rue de Condé.

3. Voici, comme corioaité utile pour la comparaison cotre le prix des places

* La dernière reprise ^'Eugénie au Théâtre-Français a eu lieu au mois d'août i863. La pièce était ainsi montée :

Le baron Hartiey .... Maubant.

Le comtedeClarendon. Guichard.

M™« Murer M"»« Emilie Guyon.

Eugénie M"^ Emma Fieury.

Sir Charles • Gibeau.

Cowerly Talbot.

Drink Chéry.

Betsy. .......*.. Mil* Bondois.

Robert. Tronchet.

Le succès en fut plus que médiocre^ et Eugénie disparut encore une/ois de Taffiche, après quatre représentations qui produisirent les recettes suivantes :

Samedi 29 août 1,182 fr. 10 cent.

Mardi 1" septembre . 819 — 10 —

Samedi 5 — ï»747 — 80 —

Mardi 8 — 969 — 3o —

// faut avouer aussi que la Comédie^ ne comptant sans doute que très-peu sur cette reprise^ avait choisi^ pour la donner, Vépoque de Vannée la plus défavorable aux spectacles, et n'avait pas distribué les rôles à ses premiers sujets. Cependant M™* Emma Fleuryfut très-touchante et eut un grand succès de larmes dans le rôle d'Eugénie, et M^ Émi-

d'alors et ce qu'elles coûtent aujourd'hui, le détail de la recette de cette dixième représentation :

Une petite loge 11 liv. 5 s.

D.eax petites loges 30 francs.

139 premières places à 6 libres . 834 livres.

i33 secondes places à 3 francs . 396 francs.

46 troisièmes places à a francs . 92 francs.

390 places de parterre i i livre. 390 francs. Sur le registre de la Comédie-Française, où je copie cette note, le prix des places est indiqué, comme je viens de le donner, soit en livres, soit en francs.

lie Guym reprAenta ai^c beaucoup de verve et ^autorité M^ Murer f la tante repêche et acariâtre. Mais M, Giheau outra encore te r^e déjà si outré de sir Chariesy et M, Guichard n^ayaiî ni Vélégante légèreté ni la distinction indispensables pour le personnage de Clarendon»

Nous avions également vu, iljr a une diffaine d'années , à TOdéony une reprise ^Eugénie qui n'eut pas non plus longue durée. Néanmoins Eygénie est encore aujourtPhui ce qu'on appelle une pièce de répertoire, ^est-^^ire qu'elle n'est pas totalement abandonnée^ et que, de due ans en dix ans, on r admet pour quelques soirs aux honneurs de la rampe. Mais je voudrais, pour bien juger Vimpression que doit produire la représentation ifEugénie, voir tnettre ce drame à la scène avec les meilleurs acteurs de la Comédie-Française. L effet des trois premiers actes j joués par des artistes supérieurs^ ne saurait manquer d'être très-grand, et une bonne interprétation ferait facilement passer Vindulgent public de nos jours sur la faiblesse des deux autres.

Les archives de la Comédie^Française possèdent deux manuscrits ^Eugénie {carton 79). L'un, qui est vraisemblablement le manuscrit du souffleur^ est^ à très-peu de chose près, conforme à la pièce imprimée. Lautre est la pièce telle qu'elle revint de Vexamen définitif de la censure. En effet ^ le manuscrit porte à sa'dernière page le visa suivant y pour autorisation de représenter :

J*ai lu, par ordre de M. le Lieutenant Général de police, Eugénie, drame, et je crois qu'on peut en permettre la représentation. A Paris, 3o décembre 1766. Marin.

Vu V approbation. Permis de représenter.

Ce 3i décembre 1766.

Db SAftTINES.

Nous indiquons, sous le titre général de Variantes, à la suite de la réimpression textuelle de la première édition ^'Eugénie, les très-notables différences qui existent entre ce dernier manuscrit et la pièce imprimée. Des scènes entières et des parties de scènes importantes ont été, avant ou après la première soirée, retranchées par l'auteur pour alléger sa pièce. Si elles sont inutiles, nuisibles même au bon effet de la représentation, elles ont au contraire un grand intérêt pour le lecteur, qui aura ainsi sous les yeux le drame ^Eugénie tel qu'il avait été d'abord retouché, puis adopté, en vue du public et de la scène, après l'examen de la censure, et sur les conseils mime, des meilleurs et des plus judicieux amis de son auteur.

Georges d'Hevi-lv.

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