‹ Théâtre complet de Beaumarchais, réimpr. des éd. princeps, avec les variantes des MSS. originaux (volume 2)Chapitre 83 sur 184 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

Madame MURER, EUGÉNIE.

EuGims, Vair troublé.

Ah! madame, je vous en conjure, sortons de cette odieuse maison!

Madame Murer.

Ma nièce, votre douleur est juste; mais ne prenons pas de parti sans nous être bien consultées.

EuciNiB, vivement y en se levant,

Q}Xt faisons-nous ici? La demeure d'un perfide peut-elle nous convenir un instant? Ah ! je m'y fais horreur.

Madame Murer s'assied.

Asseyez*vous, mon enfant, raisonnons ensemble.

Euo^iciB.

Non! non!..

Madame Murer.

Écoutez-moi : il peut se repentir.

i8o VARIANTES d'eUGÉNIE.

EuoiNXE.

Lui se repentir ?

Madame Murea.

Pourquoi non? L'innocence ne se recouvre pas, mais la vertu....

EuGitoiE.

Oui 1 l'homme fiiible ou léger qui a manqué à la vertu ; mais celui qui n'y croit pas, qui les a toutes jouées, ahl il est sans ressource ! Partons, je vous en conjure.

Madame Muser.

Nous partirons demain, puisque vous le voulez. Mais ne pourrait-on pas essayer avant?

Où il n'y a plus d'honneur, que reste-t-il à tenter?

Madame Murer.

Il &ut le voir.

EuoiNiB, avec horreur.

Qui, lui? moi, le voir?

Madame Murer.

Votre répugnance est légitime, je le sais; mais moi qui vois les choses avec plus de sang froid, je dis : « Cet homme n'est peut-être pas un monstre; il ne passe pas pour être tout-à-ûdt sans honneur. S'il n'était qu*ambitieuz, on pourrait le ramener. » Il feut lui écrire; voilà mon avis.

Eugénie se jette à genoux et lève ses bras au ciel,

O ma mère! n'abandonnez pas votre malheureuse fille*, inspirez-lui du ciel ce qu'elle doit faire aujourd'hui !

Madame Murer, à part.

Elle n'écrira pas.

VARIANTES d'EUGÉNIE. i8i

EugAnib.

Hélas ! pour avoir négligé votre voix un moment, je me suis égarée, j*ai été séduite, trompée, déshonorée, et, pour comble d'infamie, je suis venue accroître par mon désespoir le triomphe du parjure et de là trahison !

Madame Mumer.

Nous perdons en paroles un temps précieui pour agir. Songez que demain rien ne pourra contenir la colère de votre père. L'éclat le plus nuisible est tout ce qu'il se propose II vous perdra...

EuoiNiE , élevant la voix.

Je le suis! je le suis déjà!...

Madame Murer.

Il perdra votre frère, dans Tinstant où tous les ménagements du monde peuvent à peine le sauver. Il va lui susciter une foule d'ennemis puissants qui se vengeront sur le fils des cris du père et de la fille.

Eugénie , pleurant

Non, on ne connaîtra jamais la moitié de mes tourments... L'insensé qu'il est! S'il savait quel cœur il a déchiré?

Madame Murer , à part.

Elle pleure, elle écrira. {A sa nièce,) Eugénie...

Eugénie, les dents serrées.

Ciel! ciel! ciel!...

Madame Murer, fortement»

Prenez garde qu'ici l'opprobre serait le fruit du découragement. Levez-vous...

Eugénie, outrée.

L'opprobre?.. M'en reste-t-il encore à redouter?.

l82 VARIANTES d'eUGÉNIE.

Madame Mouk, la rélevanU

Écrivez au comte que vous voulez le voir absolument ce soir; mon frère se retire de bonne heure. Il viendra; vous Taccablerez de reproches sanglants ; j'y joindrai les miens, il saura que nous allons mettre en œuvre contre lui les moyens les plus puissants...

EUGÉNIK.

Non , non ! Il sait trop que l'abandon et l'oubU sont le paruge des malheureux.

Madame Mubbr.

Il apprendra que votre père veut implorer le secours des lois; il tremblera : la crainte peut vous le rendre.

Eugénie, avec indignation.

Et je serais assez lâche pour l'accepter à ce titre? Je dcvrws respecter un jour celui que je ne peux plus estimer ? J'irais au pied des autels jurer la fidélité au parjure, la soumission à l'homme sans foi, et une tendresse étcmeUe au perfide qui m'a sacrifiée î Ah ! plutôt mourir mille fois !

Madame Muua.

Un père en fiireur qui ne connaît plus rien, une fille au désespoir qui n'écoute personne, un fils prêt à périr quand on pourrait le sauver , quels tourments ! Ne voulez-vous donc nen faire, miss, pour votre frère que vous chérissez?

Eugénie, interrompant.

Je connais mon frère, il refuserait avec dédain la vie qu'U ne devrait qu'au déshonneur de sa famille.

Madame Murer, d'un ton plus doux.

Eh bien , vous le rejetterez 1 Votre refus ou votre pardon est égal à mon dessein; mais, au nom de votre famille, de votre frère, de vous-même, Eugénie, faites ce que j'exige de vous, mon enfant !

VARIANTES d'eUGÂNIE. i83

EuGiHB.

Non, je n'espérerai plus. Je suis lasse de courir au-devant du malheur* Eh ! plût à Dieu que je fusse entrée dans la tombe le jour qu*au mépris du respect paternel, je me rendis à vos instances! Votre cruelle tendresse a creusé Pabime où l'on m'a entraînée.

Madame Murek, étonnée.

Eugénie !

Eugénie.

Dégradée par tant d'outrages, anéantie sous la malédiction de mon père, en horreur à moi-même, je n'ai plus qu'à mourir. (ElU Mort»)

Var. XXI.

Le Baron.

.... Il est père; je l'ai vu embrasser ses enfints avec tant de plaisir qu'il semblerait un particulier... Cela m'encourage.

Var. XXII.

Il vous tuera.

Il me tuera?

Madame Mvreb.

Le Bakon.

Madame Murer.

Un homme de votre ftge? Apprenez de moi que les vieillards et les femmes se vengent et ne se battent pas ; que leur point d'honneur est dans la sûreté de leurs mesures : chaque état a ses devoirs et ses privilèges.

Oh ! ces femmes, quelle morale ! Elle est comme leur prudence. Ma sœur, encore un coup, je m'oppose à tout ce qui s'écartera de ma résolution.

1S4 VARIANTES d'eUGÉNIE.

Madame Murer.

Eh bien , mon frère , vous le vouiez absolument ; allez vous reposer, je vous ferai avertir quand il sera ici.

Var, XXIII.

Sir Charles.

C'est moi*même. Depuis cinq jours je m'y suis présenté tous les soirs, car je n'ose marcher que la nuit. Aujourd'hui, votre Suisse m'a dit que vous étiez arrivé, mais que vous ne seriez chez vous que fort tard. Mon afEûre ne pouvant souffrir de plus long délai, j'y suis retourné à onze heures. Vous sortiez à pied, l'on m'a indiqué votre route, j'ai couru, et j'étais prêt à vous rejoindre lorsqu'ils m'ont attaqué. C'est la deuxième fois depuis mon arrivée. J'avais si fort maltraité l'un d'eux avant-hier au soir que je les croyais dégoûtés d'y jamais revenir; mais aujourd'hui, sans vous, Milord...

Var. XXIV. •

Sir Charles.

Allez, mon aimable défenseur, brave et fiût comme vous l'êtes, les hommes ni les femmes ne doivent jamais tenir contre vous.

Var. XXV.

Le Comte, d'un ton rassuré.

La nouvelle qui circule de bouche en bouche s'accroît, s'enfle et se dénature ; mais c'est un brouillard qui s'édaircit à mesure qu'on s'en approche.

Madame Murer.

Son audace me confond ; cela n'est donc pas vrai ?

VARIANTES d'eUGÉNIE. i85

Var. XXVI.

Le Comte, absolument décontenancé.

L'air terrible dont on me parle, le feu qui étincelle dans tous les yeux, peut troubler IHnnocence même.

EuciNiB prend Pair d*une compassion écrasante. Vous me faites pitié !

Madame Mukbr.

Ce qui est sans foi devrait être aussi sans pudeur ; mais c'est trop vous tourmenter, lisez ! {Elle jette la lettre par terre , le Comte la ramasse.)

Var. XXVII.

Le Comte , seul.

Elle m'appartient ! Elle se croit déshonorée, il suffit. Avec ou sans honneur, elle est à moi. O femme céleste! qu'ai-je fait? pour l'abandonner, il ne fidlait pas la revoir!..

Var. XXVIII.

Madame Muebr,

Sir Charles ! C'est le ciel qui nous l'envoie pour nous seconder au moment de nous venger d'un scélérat qui a déshonoré la famille.

Sir Charles.

O funeste rencontre ! affreux événement ! Que n'ai-je péri !

Le Baron.

Qjie dis- tu , mon fils?

Sir Charles.

Je n'ai plus le choix que d'être ingrat ou déshonoré.

Madame Murer.

Entendez-vous sa voix ? Il va sortir.

X86 VARIANTES d'eUGÉNIE.

Var. XXIX.

Madame Muasa.

Qu'on les arrête tous deuzl.

{Sir Charles se retourne Jîèremmtt vers les gem^ ce qui leur impose»)

Le Babon.

Laissez faire à mon fils.

{Le Comte s^arréte et regarde Eugénie douloureusement.)

Sia Charles, couvrant le Comte de sa personne, dit avec

inquiétude.

Sortez doncy Milord 1 {Il sort avec le Comte,)

{Eugénie est debout, les bras pendants j les yeux fixés en terre,

sans aucun mouvement,)

Madame Moasa.

Je n'y conçois rien ; tout ce que je vois me passe.

Var. XXX.

Madame Murer.

C'était donc pour l'arracher de nos mains que tu t'es rencontré ici ?

Sir Charles.

Vous me plaindrez tous lorsque je vous aurai conté*.. J'avais les bras liés pour cet instant. Bientôt vous serez vengés... n'en doutez pas... Mais cette malheureuse fille, cette Eugénie dont toute la fiimille était si vaine , comment est-elle tombée? {Eugénie ne fait aucun mouvement,)

Madame Murer.

Sir Charles, il fiillait protéger votre sœur au lieu de l'accuser? Elle est l'innocente victime... Entrons chez elle, venez... je vais vous fidre frémir par mon récit.

VARIANTES D*EUGAnIK. 187

Sm Charles.

Elle n'est pas coupable? {H lui prend les mains.) Pardonnez mon erreur... Prends confiance en moi, chère sœur; reçois... Elle ne m'entend pas? Recevez tous les serments que je fais .. Oui I si la rage que je possède ne m'a pas étoufié^ si le feu qui dévore le sang de cette infortunée ne l'a pas tari avant le jour, je jure qu'une vengeance éclatante aura devancé sa mort.

Le Baron.

Viens, mon cher fils, aide-nous à la conduire chez elle. {Sir Charles la prend à bras^e<orpSy par derrière; elle se renverse sur lui les yeux fermés , sans parler; on la mène dans sa chambre^ en donnant des mat^ques d^une vive douleur.)

Var. XXXI.

Eugénie, d^une voix plus ferme.

Que dis-je, effacé ? La vengeance de sa Camille ne vivra-t-elle pour vous poursuivre et vous fiûre tomber à votre tour ? Vos parents, aussi fiers que les siens, laisseront-ils votre mort impunie? Eh Dieu! quel est donc le terme où le carnage devra s'arrêter ? Est-ce donc quand le sang des deux maisons sera tout à fiiit épuisé?... Je vais mourir; la douleur a fait son office; en« core un moment, et tout est réparé.

Var, XXXIL

Sir Charles.

L'homme outragé s'indigne de tes discours et méprise tes larmes. C'est du sang qu'il demande! Adieu, je vole où je devrais être.-.

EuoiNiB, égarée.

Ah ! barbare, arrêtez ! Quelle horrible marque d'attachement voulez-vous offrir à votre sœur éperdue ? Le spectacle de votre épée sanglante arrachée du sein de celui qu'elle adorait hier comme son époux !

l88 VARIANTES d' EUGÉNIE.

Snt Charles, à son père.

Ne Tabandonnez pas. (iZ sort.)

Var. XXXIII.

EuoiNis.

Mon époux 1 (D'un ton étouffé.) Quel nom j'ai prononcé ! Mes yeux se troublent, mes esprits s'égarent, les objets tournent devant moi... je roule dans un abîme. {Elle chancelle, if^* Murer la soutient et V asseoit; elle reste comme assoupie.)

Madame MtniER.

Quel tableau touchant et terrible ! qui pourrait le soutenir ?

Le Baron s'asseoit en pleurant.

Elle dit vrai, il déchire le cœur. Homme exécrable! O ma fille ! je suis aussi coupable envers elle d'un excès d'emportement... J*ai perdu mon enfant, rien ne pourra m'en consoler. Ah ! ma sœur !

Madame Murer, s^ essuyant les yeux avec son mouchoir.

Mon frère, chacun de nous a des reproches à se &ire. Vos torts sont grands, mais les miens sont impardonnables. Il n'est plus de bonheur pour nous sur la terre, un monstre a détruit toutes nos espérances.

EuGÙiiB. Elle se réveille.

Où suis-je ?

Madame Murer.

Elle revient.

Eugénie , sans se remuer , éPun ton Unt, Je ne distingue rien, je suis dans une nuit profonde.

Le Baron, étouffé de sanglots, lui baise la main. Ma fille ! mon enfimt !

VARIANTES d'eUGÂNIE. 189

EuGiNiB , d'une voix brisée, se levant un peu.

Vous pleurez, mon père? Ne pleurez pas; consolez-vous. {Ici elle sourit,) Je vais être heureuse ! (Elle se renverse.) Il follaît bien mourir, après des malheurs comme les miens. A peine j'ai vingt ans : quelle carrière de douleur à parcourir jusqu'à la vieillesse ! La mort était le seul bien que j'eusse à demander au Ciel, je l'ai obtenue.

Madame Murer , (Pune voix altérée.

Ma chère nièce, vous nous arrachez l'flme. Voyez l'excès de l'affliction de votre père, voyez la mienne. Consolez-nous, ma chère fille, consolez-vous. L'horrible histoire sera ensevelie dans un profond secret ; vivez pour nous, vivez !

EuGÉNiB, iTune voix profonde et ténébreuse.

Où donc est sir Charles? {Elle regarde de côté et d'autre,) 11 ne m'a pas entendue ! {Elle se renverse en fsrmant les yeux,) Honneur terrible! barbare préjugé! Le sang va couler... mon frère ou son ennemi frappé du glaive... tout sert à hftter ma perte!

Var. XXXIV,

{ Cest la Scène IV dans le manuscrit, ) Le Baron , apercevant sir Charles.

Mon fils ! Sitôt de retour ?

Madame MimsR.

Mon neveu?

EuoiiriB, apercevant sir Charles,

Que vois-je?

Sir Charles, la tête penchée, «Tun air d'abandon général ^ dit

bas et lentement «Ttin ton funeste.

Ah! malheureuiCy que l'espoir delà vengeance vient de trahir 1

igO VARIAMTBS d'eUGÉNIE.

J'ai trouvé près d'ici le Comte dans sa voiture, allant sans doute terminer son mariage. Il a voulu me parler. Sans daigner l'écouter , je l'ai forcé de se défendre : « A la bonne heure ! dit-il, j'ai tort avec votre soeur, il faut bien, avant tout, vous en faire raison. » Nos fers se sont croisés, mais, lorsque je le chargeais le plus vigoureusement, ô rage ! ma lame, hachée par les coups de sabre qu'elle reçut hier, a sauté en dix morceaux, dont l'un m*a blessé à la main. Il a remis froidement son épée et m'a dit, d'un ton que je ne saurais définir : « Je ne regarde pas cette affaire comme terminée, mais vous n'avez plus d'arme. J'estime votre courage, j'aime votre personne, j'approuve votre ressentimenty je connais comme vous les lois de l'honneur. Quand vous serez moins agité, la partie sera très-égale entre nous. Je vais près d'ici faire étancher le sang qui sort de mon bras, nous nous verrons dans peu. » Il est monté dans sa chaise en me saluant, et il est parti comme un trait, sans que mon étonnement m'ait permis de lui dire un seul mot. (i>'iiit ton déses^ pire,) Je suis prêt à m'arracher la vie , ma sœur ! Ma chère Eugénie, je t'avais promis un défenseur, le sort a trompé mon attente ; la vertu n'a plus d'appui et le crime triomphe !

Eugénie.

... Et la mort!... {Elle tombe épuisée.)

Madame Murée.

Je devrais bien plutôt m'accuser de tout; ma coupable précipitation a ouvert l'abîme.

Le Baron.

Je reprends mon projet, puisque celui-ci est manqué.

Var. XXXV.

(Oest la scène VIII dans le manuscrit.)

J'ai cru que le repentir était la seule (arme) qui convint au

VARIANTES d'EUGÂNIE. IQI

coupable. Mon père, mon désespoir senriraît mieux votre ressentiment que tous vos projets de vengeance...

Var. XXXVI.

Le Comte.

Un mouvement de joie peut réparer le désordre causé par le désespoir. Sa sensibilité est extrême, mais son âme est forte; elle m'entendra, elle verra mon repentir et mes larmes. La vérité de sentiment a des traits que Pimposture n*imite pas.

Madame Mueer.

Hélas! non, n'espérons plus rien. Sa raison lutte encore contre la douleur, ses forces reviennent par accès, mais la mort l'a saisie.

Le Comte.

Quoi! mes amis, craindriez-vous pour elle? Ah! laissez*moi me flatter que je ne suis pas si coupable. (D*un ton plus doux,) Eugénie, ouvrez les jreux. Chère épouse , cette voix qm avait tant d'empire sur ton cœur ne peut-elle plus rien sur toi? (Fortement.) Mais vous pleurez ! Vous oubliez de la secourir. Qui vous dit qu'elle n'est pas mourante ? Allez, chère Betsy, courez. {Betsy sort). Q.u'on prenne mon carrosse; un prompt secours... Malheureux que je suis! Si je l'ai perdue, que la terre m'engloutisse tout vivant!... (Eugénie se retourne.) Ah! elle revient. (P/us 6m.) Je vais la soutenir. (Il passe son bras derrière elle y s'assied sur celui du fauteuil et la tire sur lui.) Q.ue rien ne la saisisse, ne faites aucun mouvement; elle ouvre les yeux.

Sir Chari£s , à Eugénie, lui prenant la main. Eh bien ! ma sœur, eh bien! ma chère Eugénie?

Eugénie revient à elle, la tête appuyée sur Vépaule du Comte,

qu'elle ne voit pas*

Pourquoi ces caresses me rendent-elles à la vie ? Vous devez me ha!r tous pour les peines que je vous cause, et plus encore

192 VARIANTES d'eUGÉNIE.

pour riodigne amour qui me domine malgré moi jusqu'aux portes de la mort. Je ne puis arracher ce barbare de mon cceur; il eut si bien l*art de s'en emparer quand je l'en croyais digne... Je me fiais horreur ! (Pendant qu^elle parUy le Comte donne des marques d'un grand attendrissement.)

Bbtsy. Elle rentre.

On est parti.

Madame Morer.

Paix donc !

Sir Charles.

Non y tu ne mourras pas, ton sort est changé!

Var. XXXVII.

Sir Charles.

Ma soeur, au nom de ta fiamille !

Le Baron.

Ma fille, nous t'en prions tous.

Madame Murer.

Nous lui pardonnons, imitez notre générosité.

EuciiriE.

Ah! c'est à mes dépens que vous voulez tous être généreux! Ne pouvez- vous lui pardonner sans y ajouter une victime?

Le Coktb.

Ma chère Eugénie !

VARIAMTES d'eUOÉNIE. igS

Var. XXXVIII .

Eugénie s'est recueillie, son mouchoir sur les yeux; enfin ^ elle laisse retomber sa main dans celle du Comte et fait un geste pour parler; le Comte lui coupe la parole.

Le Comte.

Elle me pardonne!.

EuciRiB.

Oui, tu as vaincu ! Ta grâce est dans mon cœur, et le père d'un enfant si désiré * ne peut Jamais m*étre odieux.

Le CoicTB, troublé.

Vous me pardonnez, Eugénie ?

Eugénie.

Va ! je désire qu'un sentiment trop profond de ta faute ne t'empêche pas de te pardonner à toi-même.

Le Comte Tu me pardonnes.

Le Baron.

Parle librement, mon enfiant. Est-ce de bon cœur que tu re- TÎensà lui?

EuGéllIB.

Ah, mon père! le plaisir de lui faire grâce m'en a ravi tout le mérite... Ah, ma tante! Ah, mon frère! la vue du contentement que je fiais naître en vous tous me remplit de joie à mon tour!

O toi , l'exemple de ton sexe et les délices du nôtre!

I. Ici Eogénie devait toat d'abord, selon les indications da manascrit, mettre les mains sur son sein, et Beaumarchais ajonfie en marge, de sa main : « Il faat bien prendre garde à œ geste. •

EUCÉNIB.

Gaide ta reconnaissance pour les bienUts de ton oncle. Ton cœur me suffit, mon cher ami. Que le réveil de la vertu efface un songe trop funeste; reprends la dignité qui convient à mon époux, et que )e n'aperçoive jamais dans tel complaisances la moindre trace d'un temps maibeureiu, qui n'est déjà plus dans.

ou

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