Tomel, p. i5a
3. II semble que ce titre des Deux Amis ait été fatal à tons les auteurs qui l'ont employé. Le drame de Beaumarchais n'était pas le premier auquel le public faisait un si triste accueil. Nous lisons ce qui suit dans la correspondance littéraire de Grimm, à la date du i5 aoAt 176a : « On rient de donner, sur le Théâtre de la Comédie-Française, Les Deux Amis^ comédie en prose et en trois actes... (jouée pour l'unique fois le ii août). C'est une froide et plate comédie, digne d'amuser une assemblée de soldats aux gardes. » Plus tard, à la date du i5 mars 1779, Grimm cite encore une comédie qui eut ce lamentable sort de n'être représentée qu'une seule et unique fois. M. Durozoi en était l'auteur, et elle éuit intitulée : Les Deux Amis, ou le Faux Vieillard,
Ce titre des Deux Amis a servi aussi i un grand nombre de comédies ou de vaudevilles, voire même à une tragi-comédie. Nous empruntons au curieux Dietiomuiire dramatique, de Henri Duval, conservé aux manuscrits de la Bibliothèque impériale (n* 15,049), la nomenclature qui suit :
Gesipey ou les Deux Amis, tragi-comédie, par Urbain Chevreau, représentée et imprimée en i638.
Les Deux Amis, comédie en 3 actes et en prose, par Danconrt, comédien de province, jouée sur le Théâtre-Français en 1763.
Les Deux Amis, parodie d*Iphigéuie en Tauride, 3 actes en vers. Gaillard. Musique de M. Triangle. Théfttre des Petits-Comédiens du bois de Boulogne, 39 juin 1779.
Les Deux Amis, ou les Deux fout la paire, proverbe en i acte et en prose, par Carmontel. (Recueil de proiferbes. Paris, 1785.)
Les Deux Amis, 3 actes en vers, par Maurin. 1800. Catalogue Soleinne, m. s. 3096.)
Les Deux Amis, ou la Manie du duel : Chasse^ le naturel, il revient au galop, proverbe en 1 acte et en prose, par Ch. de Mesle. {Proverbes dramatiques. Paris, Moogié aine, i83o.)
Les Deux Amis, ou le Trésor de l'instruction, 1 acte en prose, par B. Lund. Théâtre de la Jeunesse. Paris, chez l'auteur, 1848.
Les Deux Amis, ou V Heureuse Rencontre, scène comique en prose. B. Lnnel. Théâtre de la Jeunesse. Paris, chez l'auteur.
Les Deux Amis rivaux, L'AiBchard.
Les Deux Amis, i acte en prose. Théâtre des Jennes-Élèves. 16 frimaire an VIII.
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Après tous ces jugements^ une opinion curieuse à con^ naître est celle de Beaumarchais lui-même. La lettre suivante*, écrite en 1779, va nous rapprendre» Nous la faisons suivre des deux réponses qui y ont étéfaiteSy celle de Mon» vel et celle de mademoiselle Doligny.
ic A Messieurs les Comédiens Français, à leur Assemblée.
« Messieurs,
« De trois essais que la Comédie a bien voulu adopter, le plus fortement composé (celui des Deux Amis) est resté depuis huit ans accroché sans jeu ni reprise. On croira bientôt que vous voulez punir ce Drame de ses succès sur tous les Théâtres- Français de TEurope, en ne le représentant jamais sur le vôtre. La Reine, qui se plaît quelquefois k le voir, n*a pu l'obtenir encore que des Comédiens de la ville. On me demande pourquoi vous ne le jouez pas, et moi, qui n'en sais rien, je suis obligé de vous passer la parole.
< Au reste, il n'y a pas d'instant plus favorable que celui-ci, Messieurs, pour tftter le goût de la capitale sur cet ouvrage, la tragédie étant un peu en désordre, attendu ce que vous savez*. En attendant que le ciel y mette la main, ne pourrait-on pas essayer ce que Paris pensera de la vertu dure et franche du bon Aurelly, de la noble et vive sensibilité du philosophe Mélac i
a II est bien vrai que cette pièce est du genre bâtard et misérable qu'on cherche à proscrire aujourd'hui sous le nom de Drame ', mais le vrai public, qui ne proscrit que ce qui l'ennuie,
Let Deux Amis de Collège^ ou la Liaium dangereute^ 5 actes en prote, par Demonval. Théâtre da Gymnaae-Enfaiitin. sa décembre i836.
Let Deux AmiSy ou V Héroïsme de Vamitié^ pièce militaire en 3 actes, matiqiie de Dupré. Théâtre des Grands-Danseurs. la décembre 1781.
I. Voyez la Revue rétrospective^ tome VII (a"« série, page 441). Cest M. Régnier, l'excellent comédien, qni le premier tira cette lettre de la poussière destructive des archives de la Comàie, en i836.
3. Il s'agit ici de la querelle de W^ Sainval et de M"* Vestris, querelle dans laquelle le duc de Duras, protecteur de W^ Vestris, joua un rûle honteux de despote.
3. Plus tard, en 17S5, dans la préface de la Folle Journée (pages 13 et i3), Beaumarchais apprécie comme il suit son drame des Deux Ami* :
« Depuis j'ai fiiit let Deux Amit^ dans laquelle un père avoue à sa prétendue
n'a pas encore prononcé Tanathème sur ce genre intéressant. Si rétat afireux des finances du royaume sous feu Pabbé Terray, d'écrasante mémoire*, et surtout si l'époque de la banqueroute frauduleuse du janséniste Billard, empêchèrent alors les Jansénistes du parterre, les mécontents de la Bourse et les perdants de la banqueroute, de goûter, autant qu'on le devait, un intérêt dramatique fondé sur la faillite inopinée d'un honnête homme, c'est qu'on s'imagina que je traduisais le malheur public au théâtre et que j'y jouais l'honnête pénitent de M. Grizel.
« Mais, une situation opposée ayant amené des sentiments contraires, et le parterre, aujourd'hui, paraissant moins porté vers le rigorisme de Jansénius, depuis qu'il est régenté par des molinistes en soutanelle bleue galonnée d'argent, je crois qu'on peut essayer de remettre cette pièce à l'étude et de lui faire gagner à son tour les honneurs du répertoire*.
« M. Préville, pour qui le rôle d'Aurelly fut fait, voudra bien sans doute y déployer de nouveau le plus superbe talent.
« On dit que M. Brizard a quitté les rôles nobles des pièces du siècle pour se resserrer absolument dans le haut tragique. Si
nièce qu'elle est sa fille illégitime. Ce drame est aussi très-moral, parce qu'à travers les sacrifices de la plus parfaite amitié, l'auteur s'attache à y montrer les devoirs qu'Impose la nature sur les fruits d'un ancien amour, que la rigoureuse dureté des convenances sociales, ou plutôt leur abus, laisse trop souvent sans appui.
« Entre autres critiques de la pièce, j'entendis dans une loge, auprès de celle que j'occupais, un jeune important de la cour qui disait gaiement à des dames : ■ L'auteur, sans doute, est un garçon fripier, qui ne voit rien de plus « élevé que des commis des fermes et des marchands d'étoffe; et c'est au fond « d'un magasin qu'il va chercher les nobles amis qu'il traduit à la scène fran- « çaise — Hélas! monsieur, lui dis- je en m'avançant. Il a fallu du moins les
• prendre où il n'est pas impossible de les supposer; vous ririez bien plus de ■ l'auteur s'il eût tiré deux vrais amis de l'Œil-de- Boeuf ou des Carrosses. Il
• faut un peu de vraisemblance, même dans les actes vertueux, a I. Voir ci-dessus la note sur l'abbé Terray.
3. Déjà, dans une lettre écrite le 21 décembre 1 771 à M. D'Auberval, comédien du Roi et semainier en fonctions, Beaumarchais disait :
t Bien des gens paraissent persuadés que, si Messieurs les Comédiens fesaient un nouvel essai des Deux Amis^ qui n'ont pas eu sur tous les autres théâtres de l'Europe un moindre succès qn'Eugénie, l'influence fâcheuse qu'un moment critique pour l'intérêt eut sur tous les esprits étant dissipée depuis longtemps, cette pièce prendrait dans l'opinion publique le rang que la Comédie-Française lui avait accordé dans la sienne... »
{Revue rétro$pcctive, tome VIT, a» série, pages 434 et 435.)
cela est, il faut gémir de la paralysie qui attaque un grand acteur dans la plus belle moitié de ses succès, et plaindre le public et les auteurs de ce qu^une telle infirmité leur enlève un bon comédien pièce par pièce, et yient ainsi couper en deux la brillante carrière de M. Brizard. Dans ce cas malheureux, il faudrait prier M. Vanhove de remplacer la moitié de M. Brizard, qui ne vit plus, dans le rôle de Mélac père*.
« Il est possible aussi que le rôle de Mélac fils semble un peu jeunet à M. Mole, devenu premier tragique; ^alors j'engagerais M. Monvel, qui n*a pas dédaigné le plus grand succès dans ce rôle en province, à sa dernière tournée, de vouloir bien s'en promettre un semblable à Paris dans cette reprise.
« J'ignore aussi. Messieurs, à qui appartient le rôle de Saint- Alban, que jouait M. Belcourt; s'il n'obtenait pas non plus l'adoption de M. Mole, son successeur naturel, M. Fleury, qui joue très-noblement tout ce qu'il joue, serait prié de vouloir bien l'étudier.
« Pour ma petite Doligny, c'est toujours ma Pauline, ma Rosine, mon Eugénie, et, quoique je sois, dit-elle, un vilain monstre, qui n'aime point la Comédie-Française, et mille autres lamentables fiiussetés du même genre,
Entre elle et moi, messieurs, c'est dit ; Noos ne formons qu'une famille, Je suis son père, elle est ma fille, Et cela va jusqu'au dédit.
« Quant à mon pauvre imbécile à? Andréa son souvenir me rappelle bien tristement celui du charmant comédien, de la douce créature, de l'aimable et honnête garçon, de Feuillie, que j'aimais de cœur et d'esprit au théâtre et dans la société. Comme il y a peu d'apparence que M. Bourette, à qui Feuillie avait plaisamment dérobé ce petit rôle, qu'il aimait, disait-il, parce qu'il était rondement bête ; comme il n'y a pas d'apparence, dis-je, que M. Bourette consente à rentrer dans une possession aussi mesquine que tardive, dans le cas de son refus, je suis bien certain que mon ami Dazincourt ne me refuserait pas ce petit remplissage.