Mémoirei teerets, T. AXVI
3. Corremoudance secrète, ài mars 1785. Les renseignements sur Topera de Tarare sont malheureusement nuls dans la Correspondance se-
S être jouée ^ V œuvre était connue^ on en parlait partout, et le Zdile anonyme qui chansonnait la captivité de Beaumar^ chais à Saint-Lazare ajoutait^ dans ses verSy cette méchant ceté à bien d'autres :
... Il aura le moyen De corriger son Tarare A Saint-Lazare (Ms)*.
Il y resta ^ on Va vu , fort peu de temps y et fut réhabilité et une façon assef éclatante pour imposer ^ momentanément du moins, silence aux attaques de ses adversaires. Elles devaient recommencer^ violentes et passionnées, au moment même où il préparait la première représentation de son œu' vre. Son opéra terminé^ Beaumarchais, qui n avait jamais composé que de petits airs , imités de Vespagnol ', et qui n'avait pas, bien que ne doutant de rien^ la prétention d'entreprendre une œuvre de longue haleine, songea à trouver un compositeur pour écrire la musique de Tarare.
// avait pensé tout d'abord à Gluck, dont la musique avait fait sur lui une prof onde impression.
En écoutant le premier ouvrage de ce grand musicien , il s'était écrié : « Voilà un homme qui entend la scène I voilà un talent vraiment dramatique. » Dans la conversation qu'il eut immédiatement après avec Gluck, il lui parla de son art avec une
crête de Métra, qui s'arrête , dans l'édition imprimée à Londres chez John Adamson, à la date du 7 octobre I783. La Bibliothèque da Louvre possédait le manuscrit des années 1786 4 1789. 11 serait à souhaiter qu'an éditeur intelligent eût l'idée de réimprimer cette correspondance , la plus curieuse et une des mieux renseignées de toutes celles du XVI II* siècle. Métra était un nouvelliste a tel point diligent et friand de nouvelles, qu'on fit sur lui ces vers, après sa mort :
Pour lui, je suis certain qu'aa suprême moment,
A ton caractère fidèle.
Il eût trouvé moins dur d'entrer au monument S'il avait pu lui-même en poner la nouvelle.
1. Dans im libelle anonjrme publié sous ce titre : Lettre du publie parUien à P, A. C, de Beaumarchaiff ou Vie de notre bourgeois^ on lit les lignes suivantes, qui sont comme la contre-partie des vers rapportés par Métra : u 11 Uut éire doué de votre inébranlable philosophie, et surtout avoir la conscience calme, pour imaginer de si belles choses, pour faire de si beaux vers dans le séjour des tribulations et presque expirant sous le poids de l'opprobre, des angoisses et de l'humiliation. •
2. La Revue Rétrospective du i3 mars 1870 a reproduit une curieuse lettre de Beaumarchais, musicien, à M"* Pankouke (sic), datée du aa novembre 1779.
telle connaissance et des idées si nettes de l'application de la masique à la manière d'exprimer les passions, sans nuire à l'intérêt de la Scène et sans arrêter l'action dramatique, que Gluck, qui ne l'avait jamais vu, le devina et lui dit : « Vous êtes sûrement Monsieur de Beaumarchais. » Dès ce moment ils eurent le désir de fiûre ensemble un opéra '. »
Gluck^ qui ne faisait pas de la musique comme tout le mondey qui avait à lui sa manière, très en faveur à cette époque, devait parfaitement s^entendre avec Beaumarchais, lequel, de son côté, avait écrit une œuvre toute différente de celles jouées jusqu'à ce jour, et composée fidèlement d'à-près les théories^ très contestables, exposées dans la Lettre aux abonnés de TOpéra qui voudraient aimer l'Opéra.
Beaumarchais envoya donc son opéra à Gluck dès qu'il Veut terminé.
La grandeur du plan le ravit : il lui parut digne de son génie ; mais rflge, lui manda-*t-i] , ne lui laissait plus la force qu'exi» geait une si vaste entreprise *•
Sur le conseil du maître, Beaumarchais s'adressa à Salieri son élève. Il le fit venir de Vienne, Vinstalla che^ lui^ le traita avec la plus grande amitié, le fit travailler sous ses yeux, en l'entourant de ses conseils.
Les Mémoires secrets prétendent qu'il alla jusqu'à faire donner à Salieri loo pistoles chaque mois par F Académie Royale de musique, jusqu'au complet achèvement de la partition. C'était, ajoutent-ils :
«... le vrai moyen d'exciter les directeurs à se débarrasser au plus tôt de cette charge en mettant en lumière ce chefd'œuvre.
Beaumarchais, qui avait soumis le libretto de son opéra aux critiques de quelques connaisseurs privilégiés, désira aussi tâter l'opinion sur la musique de Salieri. Les Mémoires secrets nous révèlent cette particularité, devenue, on a pu le voir, une véritable habitude che:( Beaumarchais»
1 . Voyez l'édition de Beaumarchais donnée par Gudin de la Brenelleric. Paris, 1809, t. Vil, p. 282.