LE GENIE DU FEU, LA NATURE
Le Génie du Feu.
De l'orbe éclatant du Soleil, Admirant des deux la structure.
Je vous ai vu, belle Nature , Disposer sur la Terre un superbe appareil.
La Nature.
Génie ardent de la Sphère enflammée, Par qui la mienne est animée,
A mes travaux donnez quelques momens.
De toutes les races passées y
Dans l'immensité dispersées ,
Je rassemble les élémens, Pour en former une race prochaine
De la risible espèce humaine ,
Aux dépens des êtres vivans.
Le Génie du Feu.
Ce pouvoir absolu que vous avez sur elle , L'exerce^vous aussi sur les individus ?
La Nature.
Oui, si je descendais à quelques soins perdus! Mais, pour moi, qu'est une parcelle, A travers ces foules d'humains, Que je répahds à' pleines mains Sur cette terre, pour y naître, Briller un instant, disparaître, Laissant à des hommes nouveaux Pressés comme eux, dans la carrière, De main en main, les courts flambeaux De leur existence éphémère ?
Lb Génie du Feu.
Au moins vous employez des élémens plus purs Pour former les Puissans et les Grands d'un Empire?
La Nature.
C'est leur langage, il faut bien en sourire : Un noble orgueil les en rend presque surs.
Mais voyez comme la Nature Les verse par milliers, sans choix et sans mesure.
{Elle fait une espèce de conjuration,)
Froids humains, non encor vivans.
Atomes perdus dans l'espace, Que chacun de vos élémens Se rapproche et prenne sa place, Suivant Pordre, la pesanteur Et toutes les loix immuables Que TEtemel dispensateur Impose aux êtres vos semblables.
Humains non encor existans, A mes yeux paraissez vivans.
{Une foule d'Ombres des deux sexes s'élève de toutes parts^ vêtue uniformément en blanc^ au bruit d'une symphonie trèS'douce^ et forme des danses lentes et froides, en marquant la plus vive émotion de ce qu'elles sentent y voient et entendent; puis un Chœur à demi'^oix sort du milieu d'elles.)