Correspondance littéraire^ t. XI
3. « Lanlaire ou le Chaos, parodie de Tarare en un acte, prose, vaudcTilled et divertissement, par M.L.B.... y de B... n, de plusieurs Académies. A Gattières, et se trouve à Paris chez Brunet, libraire, place de la Comédie Italienne, 1787. > C'est une brochure in-8" de 76 pages; au bas de la dernière se trouvent l'approbation et le permis d'imprimer , signés Su^rd et contresignés de Crosne.
Beaumarchais se serait opposé à la représentation de Lanlaire, qu'il aurait menacé comédiens, magistrats^ auteur, et que, par une lettre insultante, il se serait rendu digne d^une correction d'écolier. Le fait n'est guère vraisemblable, car il entrait peu , on lésait, dans les habitudes de Beaumarchais de /aire attention aux écrivailleurs dé^ chaînés contre lm\ Une autre parodie de Tarare fut faite sous le titre de Bagare*. Elle se jouait encore en septembre 1787, bien qu'elle n'eût d'autre mérite que £être aussi insignifiante que ses pareilles»
« Nous n'avons plus de bonnes parodies », écrivait Grimm à propos de celles de l'opéra de Beaumarchais; et la remarque était Juste,
Cependant, Tarare continuait le cours de ses représentations, et faisait même d'assez grasses recettes: il fut joué vingt-six fois en 1787', ce qui dénote une vogue bien soutenue. En 17 go, le 3 août, eut lieu une première reprise de f œuvre, à l'occasion de laquelle Beaumarchais remania sensiblement son opéra.
De grandes réformes politiques s^ étaient opérées au sein du pays: l'ancien régime, lézardé par d'antiques privilèges et par de vieux préjugés, s était vu contraint de restituer des libertés qui devaient peu à peu, dégénérant par Fabus en licence effrénée, le conduire à une chute sanglante. Ces libertés s^étaient étendues jusqu'au théâtre : des allusions bien marquées, des théories sur les idées récentes, que la crayon du censeur eût impitoyablement biffées quelques années auparavant, commençaient à se faire jour sur toutes les scènes, La vogue ne s^ arrêtait devant rien : elle intro* duisait des moines et des archevêques dans les spectacles représentés sur les tréteaux de l'Ambigu, et le théâtre de la
I. Le jagement des Afémoiret secret» sur l'œuvre de Laus de Boissy est aussi sévère que celui de Grimm. « Cette facétie, assex saie dans le 00mmeucement, est devenue plate et ennuyeuse : il n'y a pas d'apparence qu'elle reparaisse. »
a. ■ Bd^ârtf, parodie de Tarare, comédie en deux actes, mêlée de vaudevilles, par M. M*'* de Saint-Aubin. A Astracan, et se trouve à Paris, etc., 1787. » C'était une brochure de 80 pages du format in-8«; elle porUit comme épigraphe : Ce qui ne vaut pas la peine ctétre dit^ on le chante.
i. Le 17 novembre de cette même année mourait k Vienne, frappé de paralysie, Gluck, le maître de Salieri. Après bientôt un siècle, ses oeuvres sont encore aujourd'hui admirées, et le seront aussi longtemps qu'existera le goût du beau et du grand. îphigénie^ Orphée^ Alcette , auunt de partitions pour jamais arrachées à l'oubli.
Nation^ ci^derant Théâtre Français^ imitait aussitôt cet exemple lucratif. Beaumarchais, pitts que quiconque f homme du moment, s'empressa, en se Vimagine bien, de profiter des circonstances. Il fit à son opéra certaines sup^ pressions indiquées d'ailleurs par la critique, mais y ajouta, sous le titre de Couronnement de Tarare , un acte entier, dans lequel il transformait en Roi constitutionnel le suc^ cesseur éTAtar. M. de Loménie prétend à tort que cet acte n'a jamais été publié^. J'ai retrouvé le livret de la reprise de 1790*, et Von pourra lire, à la suite de l'opéra de Beau» marchais, le morceau singulier qu'il y ajouta à cette époque» La fête de la Fédération avait attiré à Paris une foule immense, à laquelle ï était joint, comme toujours, un grand nombre d'étrangers. Le public se précipita vers cette iiouveauté, digne tout au plus, selon Gtimm*, des tréteaux de Nicolet :
Il n'y a qu'un trait, ajoute-t-il, qui n'a jamais manqué d'exciter une lutte Tîolente entre les partisans outrés de la démocruie et ceux de rauiorité royale, vulgairement dits aristocrates, c'est ce que dit Tarare dans l' avant-dernière seine :
OubIie2-Tous, loldati uiurptnt le pouToîr, Que le respect des rois est le premier deTotr ?
L'opéra de Tarare /»/, dans la suite, tour à tour repris, en lygS*, en 1802 et en 1819% avec les modifications que nécessitaient les phases de la situation politique de la nation. Le raccord de 1790 est le seul dû à la plume de Beaumarchais f les autres changements furent Vœuvre d'écrivains dont un seul, Framery % était des amis de V auteur de Tarare.
t. Beauwutrchait et ton temps^ U \U P' 410.
9. « Tarare, mélodrame eo cioq aclcs. Troiiième édition, aagmeotée du Couronnement de Tarare^ représenté le 3 d'Auguste 1790. Poème de Pierre» Augustin Caron, ci -devant Beaumarchais, musique de M. Salieri. » A Genève, chez Pierre Lallemand, Grande-Rue, n* 4^ à Paris, chez les marchands de pièces de théâtre, M.DCCXC. • Dans l'Avertissement placé en tête de cette nouvelle édition, Beaumarchais tentait de prouver qu'il était un des premiers auteurs de la Révolution.
i. Correspondance littératre, t. XV, p. i55 et i56. Voir aussi sur cette reprise la lettre écrite le i3 août 1790 par Beaumarchais à Salieri : édition de 1809, t. Vil. p. 67.
4. En 179 S, la pièce fnt fouée trois fois. La foule s'y porta en nombre.
b. Je sais quelqu'un qui a vu représenter Tarare en 1841, à Hambourg.
6. C'est, selon l'expression de M. de Loménie, Framery qui. en 1795, accommoda Tarare à la tance républicaine, Beaumarchais avait dû s'eptuir de Paris.
Je dirai, en terminant cette notice, quelques mots relatifs à la partie bibliographique de Tarare. Ce n^est point, contrairement au principe adopté dans la présente publication, rédition princeps de Fopéra de Beaumarchais qui a été reproduite. Au dire de ¥ auteur lui-même *, elle est très-fautive, et ne renferme pas la fameuse lettre c aux abonnés de rOpéra qui voudraient aimer l'opéra n.
Elle fut imprimée en deux nuits*, et, dépassant de beaucoup le prix habituel des livrets d'opéra, qui était de 3o sous, elle se vendait 48 sols. On força Beaumarchais de rabattre à 36 sous*, La Lettre-Préface parut pour la première fois dans le courant du mois d'août 1787; s'il faut ien rapporter aux Mémoires secrets, ce discours « un peu badin » était composé depuis trois ans. Publiée séparément y la préface de Beaumarchais fut bientôt jointe à la deuxième édition de son opéra, parue du reste, comme la première, en 1787. Gest cette deuxième édition qui est réimprimée par nous. On a cru, suivant en cela t exemple donné en 1809 J7ar Gudin, inutile de relever les variantes sans intérêt de l'opéra de Tarare : V œuvre, en effet, par elle-même, ne réclamait pas un travail de cette nature : c'est, sans conteste, la plus faible du bagage littéraire de celui qui a écrit la Folle Journée, et qui^ par cette comédie hors ligne^ s'est élevé au rang des génies dramatiques les plus incontestés.
F. DE Marescot.
Houlgate (Calvados), août 187 1.