I. Mémoiret tecret$. k la dite du 9 juin
3. L'AcadéTiie Royale de musique était, avec les Italiens, un des seuls théâtres de Paris qui refusait encore, à cette époque, de faire asseoir le parterre. Le pnbHc y était mis i la presse sans nul ménaeement. Il fallait une admiration bien sincère pour écouter dans cette position les cinq actes de Tarare. A la fin de l'année 1787, à la suite de scènes bruyantes occasionnées par rtnsnccèsdes Pritonnier* anglait^Xti Comédiens luUens se décidèrent à donner des siégea aux spectateurs du parterre.
Comme c'était sans exeipple au théâtre lyrique, on n'était point préparé à cet incident. Les acteurs se disputaient à qui viendrait, ou plutôt ne viendrait pas haranguer le public;. cependant le tumulte continuait, les loges même restaient en place. Dans cet intervalle, M. Salieri étant venu pour dire quelque chose au sieur Cheron^, les actrices Pont saisi, l'ont enlevé comme un corps saint, et l'ont apporté sur le théâtre. Cette cérémonie faite, le public ne s'en est pas contenté et a demandé Tauteur du poème; mais M. de Beaumarchais a été inexorable. Les clameurs ne finissant point, on a pris le parti de faire éteindre pour toute réponse : grande indécence qui n'a point scandalisé le parterre, ainsi qu'elle aurait dû; et les crieurs, égosillés, se sont retirés comme des moutons. O servum pecus !
Le lendemain de la première représentation, les beaux esprits donnèrent libre carrière à leur imagination* et chansonnèrent Tarare sur tous les rhythmes et modes imaginables. Les mémoires du temps sont remplis de ces élucubrations, trop nombreuses et toujours trop longues pour être rapportées ici*.
Beaumarchais, bien qu^ilfutde longue date cuirassé con^
tre ce genre de désagrément, y répondit une fois £une
manière asse^ plaisante et quelque peu mordante, on va le
voir :
AiHs aux voyageurs :
Au noble hôtel de la vermine On est logé tris-proprement ; RiTSrol^ y fait la cuisine.
Et Champcenetz l'appartement.
I . Cet acteur {ouait le rôle d'Atar. 11 tenait remploi des premièrea basses. Le premier ténor était alors Lalnez, qui remplissait le rftle de Tarare. M*** Maillard, premier soprano, créa le rôle d'Astasie.
3. Quelqu'un ne s'avisa-t-il pas de dire que Tarare derait tomber parce que l'anagramme de ce nom était Ratera, Voir la contre-partie de cette mauvaise plaisanterie dans /es Mémoires secrets, k la date du s3 juin 1787.
3. Dans un libelle assez original publié contre Beaumarchais, sous ce titre : Tettament du père de Figaro, on peut lire le passage suivant : « Je de» mande pardon au public de lui avoir donné Tarare^ qu'il m'est tinpoeaible de justifier, et }e souscris au compte qu'en a rendu M. l'abbé de Fontenai dans son ioanM/«;^iiértf/ de France^ n* 71 : je dois entrer tout entier dans le tombeau. • Ce Testament du père de Figaro^ petite plaquette de seize
pages, est tout simplement un extrait de la « Lettre du public parisien à P. A. C, de Beaumarchais «, brochure in-8* de Sa pages.
dans^
y visiter un de ses amis, s'était vu forcé de revenir à pied. Bien que il se rendit le soir au fb^er de la Comédie française, où l'on donnait le Mariage de Figaro, A peine entré, il se laissa tomber sur un fauteuil en s'écriant : « J'ai les jambes rouées I — C'est toujours ça de fait », répliqua Rivarol. (ta Revue rétrospective, n* du i5 janvier 1870, p. 90.)
Ces deux Messieurs étaient, en effet, les auteurs de plusieurs facéties dans lesquelles celui qui avait écrit Tarare n'était pas beaucoup épargné. Lune déciles est restée célèbre et se retrouve dans tous les recueils du XVII 1* siècle. Cette longue pièce de vers était une parodie du récit de Théramène, mise dans la bouche du portier de Beaumarchais. Elle débutait ainsi* :
A peine Beaumarchais, débarrassant la scène, ATait de Figaro terminé la centaine.
Qu'il Tolait à TararCy et pourtant ce vainqueur; Dans Torgueil du triomphe, était morne et rêTeur.
Etc., etc.
Après les couplets satyriquesy les parodies firent leur ap» parition. Ilyen eut, s'il faut s'en rapportera Grimm^^jusqi/à dou^e jouées en même temps sur les scènes secondaires et sur les théâtres forains. C'est là^ en effets que s'étalait plus spécialement ce genre de littérature. Les Comédiens Italiens ordinaires du Roi^ donnèrent, le 27 juillet 1787, la première représentation de Lanlaire ou le Chaos*. C était une plate parodie de Tarare composée par Vauteur de la Folle Soirée : Laus de Boissy. Voici le jugement que l'auteur de la Correspondance littéraire porte sur cette œuvre, que le parodiste n'osa pas même signer de son véritable nom, lorsqu'il jugea à propos de la publier :
L^auteur s'est traîné pas à pas, d'acte en acte, de scène en Scène, sur toutes les traces de son original , et cet effort d'imagination est relevé par un style qui prouve de la manière la plus déplorable qu'il n*est pas impossible d'écrire encore plus mal que ne l'a foit Tauteur de Tarare. Sans l'espèce de déchaînement qui eiiste aujourd'hui contre le seul nom du père de Figaro, l'on n'eût jamais permis d'achever la première et dernière représentation de cette misérable rapsodie.
Laus de Boissy avait fait précéder Vimpression de sa pièce d'une sorte de préface, dans laquelle il prétend que
I. Voyex la Corrapondance littéraire de Crimm^ t. XIII, p. 38i.