ACTE PREMIER
MADAME CUAMBERT.
Henri !
HENRI
Quoi! Quoi!... Hour parier de la boue, on emploie des mots orduriers, c'est tout naturel... Celui qui m'aurait dit cela, seuleiueiit avant-hier... seulement hier à midi!... Voilà toute ma vie bouleversée, dans ce qu'elle a de plus important comme dans ses plus petits détails. Nous avons deux dîners, cette semaine... Qu'est-ce que je vais dire?
(JHAMBËKT.
Un prétexte n'est pas difficile à trouver. Il i; N K I .
Évidemmeul... Mais, dans Iiuit jours, dans quinze... il faudra bien donner une explication... Comme ce sera reluisant!... c — Nous nous séparons, ma femme et moi. — Pourquoi?... — Parce que... » Voilà!... Charmant!... Et tout le monde me demandera de ses nouvelles : ceux qui ne sauront pas... et même ceux qui sauront et qui feront semblant d'ignorer... pour avoir le plaisir de se payer ma tète... [Frappant la table du poing.) Nom d'un chien de nom d'un chien ! Mais, qu'est-ce qu'elles ont donc les femmes d'aujourd'hui, qu'est-ce qu'elles ont donc?
DHAMUEUT.
Calme-toi !
m: N ra .
Et quel moment choisit-elle? Elle ciioisit le moment où j'aurais besoin de toute ma présence d'esprit, le moment où je me trouve, par sa faute, dans les plus grands traèas.
L'adjudication... nous avons vu ..
UENRI.
Une idée à elle.
CdAMBERT.
Cède ta soumission à un autre.
J'ai fait des prix trop bas. Personne n'en voudra... Et pourtant, ce serait peut-être un coup de fortune... Allez donc travailler à l'aise, maintenant... Et le procès qu'il va falloir intenter I Et les avoués, les avocats, les témoins, les juges!... Elle se défendra, naturellement. Elle et son avocat vont me traîner dans la boue.
MADAME C il A M H E K T .
Ohl
HENRI
Allons, mère, je sais ce que c'est, j'ai fait mon droit!... Qu'est-ce qu'elle va bien inventer?... Il faudra me défendre, chercher des preuves... Bien conseillée, elle me trouvera des torts...
MADAME CUAMBERT.
Tu n'en as pas.
HENRI
Est-ce qu'on sait?... Ali ! (;a va être gai! (Uri silence. Il jette sa cigarette, regardant ses parents bien en face.) Et si je rendais le bien pour le mal !... Si je l'écrasais par ma générosité?... Si je pardonnais tout simplement ?
MADAME CHAMBEUï.
Oh!
Personne ne sait rien. J'en serais quitte pour renvoyer les domestiques.
MADAME C H A M L! E h T .
Pardonner cela ?
Mon pauvre ami, elle recommencerait !
MADAME CHAMEERT.
îs'on I L'occasion est trop belle de te débarrasser.
CHAMBERT
Tu n'en trouveras pas de meilleure.
ACTEfPREMlER 237
HENRI
Mère, qu'en pensez-vous V
MADAME GHAMBERT.
Moi!... Tu me demandeo mon avis?... Eh bien, mon enfant, je vais te le donner... Moi, je considère qu'il ne pouvait rien l'arriver de meilleur que cette révélation... Oui... oui... oui... C'est ta délivrance. C'est ton salut... Ton salut, tu m'entends... Cette femme-là, c'était ton mauvais génie, et je frémis en songeant jusqu'à quels abîmes elle aurait pu t'entraîner avec elle. Tu l'as épousée malgré ton père et malgré moi... Eh bien! Écoute bien ce que te dit ta mère, mon enfant! Dieu ne bénit pas les unions qui sont fondées sur la révolte... Tout ce qui arrive je l'ai prévu. Elle est coquette, elle est ambitieuse, elle ne croit à rien. Pour subvenir à ses goûts de luxe, tiens, je le disais tantôt encore à ton père, pour satisfaire sa vanité, elle t'a déjà jeté dans des aventures. Elle élève ta fille comme une païenne, elle t'aurait mené à une catastrophe... Tu peux te réjouir. Piien demeilleur ne pouvait t'arri ver, je te le répète... C'est la clef de ta prison que tu as trouvée, c'est ta liberté, ta dignité, ton indépendance, que tu peux reconquérir... Je te dis que tu devrais te frotter les mains et danser de joie : tu as gagné une fameuse journée, tu peux m'en croire...
Ah 1 le fait est que tous les jours n'étaient pas pour moi des jours de fête... Je ne vous l'ai jamais avoué, mais notre existence était un enfer.
MADAME CHAMBERT, triomphante, à son mari.
Qu'est-ce que je te disais ? là.., tout à l'heure, qu'est-ce que je te disais?...
CHAMBERT
Mon pauvre ami! tu n'étais pas heureux !
HENRI
Moi!.. Depuis dix ans, je pourrais compter les jours qui se sont passés sans disputes... Des scènes pour rien et pour tout... Chaque fois que j'ai entrepris quelque chose qui n'a pas réussi, elle m'a traité d'imbécile. Ah ! je l'ai entendue des fois cette phrase : «■ Tu n'es qu'un serin !... »
MADAME C « A M B E K r .
Moi, vois-tu, mon ami, j'ai vu, dès le début, que ton ménage ne marcherait pas. J'ai jugé ta femme avant même la cérémonie : malgré la promesse qu'elle m'avait faite, elle a arrêté votre appartement sans me consulter. Ce n'est rien... mais quand elle a ensuite refusé de m'accompagner chez mon pauvre vieil oncle, et que j'ai entendu sortir de sa bouche une certaine plaisanterie d'esprit fort sur Notre-Dame de Lourdes, je me suis dit : « Henri fait une sottise. » Tu as voulu lu faire. Tu vois où cela t'a conduit.
On entend le cuup de sonnette de la grille. Vhamberl, qui est au fond, regarde avec précaution.
C'est elle !
UENni.
C'est elle! Eh bien, elle a un rude toupet... Je vuis la mettre dehors, par les épaules. Vous allez voir cela. MADAME GiiAMBEr.T, qui Ic retient.
Je t'en prie. Pas de scandale ici.
CUAMBERT.
Hentre. Tu n'as pas ton sang-froid... Je vais la voir, moi, et je lui dirai ce qu'il convient.
HENRI, déjà dans la maison, entraîné par sa mère.
Dites-lui que c'est une gueuse... que je ne la reverrai que devant le juge...
C'est bon... C'est bon... '/a-t-en!...