ACTE TROISIEME
lions qui me bouleversent depuis trois mois et, surtout, je veux en épargner le contre-coup à Suzette. Je suis vaincue. Je me rends. Je sais que je ne pourrai pas vous reprendre ma petite, vous êtes plus habiles et plus forts que moi.
BARDOT
Madame, on vous a régulièrement envoyé votre enfant aux dates fixées par le juge.
RÉGINE
Oui. Mais, les certificats de vos médecins lui interdisant de quitter ce pays, je suis condamnée à y venir pour la voir de midi à six heures. Bien. Mais on ne me fait pas grâce d'une minute. Et, si je la rencontre le matin, je ne dois pas la reconnaître. On m'empêche de lui parler.
BARDOT
On vous la laisse, dans les limites de votre droit. Il n'y a là aucune habileté.
RÉGINE
Ces limites sont vite atteintes. On a su les resserrer encore par de petites manœuvres qui m'ont été doulout reuses. Je ne vous en dirai qu'une. Je devais avoir l'enfant pendant huit jours, à moi seule. On l'a fait vacciner la veille et j'ai encore reçu un certificat médical au lieu de sa visite.
BARDOT
Une épidémie de variole sévissait, je crois...
RÉGINE
Je sais que vous trouverez réponse à tout. Je ne suis pas venue pour discuter. Ce qui m'amène, c'est une chose terrible... On m'avait repris son coeur... oui, ma fille ne m'aimait plus... Monsieur, dans la lettre qui m'est parvenue tout à l'heure, mon enfant m'écrit : « Grand'mère me fera prier le bon Dieu pour qu'il te pardonne le mal que tu nous fais. » {Aux Chambert.) J'ai reçu plus de
coups que je ne vous en ai donné... Ma petite Suzelte, qui avait tant d'affection pour moi, on en avait fait mon bourreau... Vous allez juger, monsieur. [Elle sort des lettres de son réticule.) Ces lettres...
MADAME C H A M B E R T
Croyez-vous qu'il soit bien utile...
RÉGINE
Puisque je n'ai plus d'espoir que dans votre pitié, il est bien naturel que je montre toute ma désolation.
BARDOT
Qu'est-ce que sont ces lettres, madame?
RÉGINE
Ce sont les lettres que l'on dictait ici, à Suzette, et que j'ai reçues à Paris pendant la maladie de mon père... Je ne veux pas vous les lire... mais seulement quelques passages... 0!i ! je les retrouve facilement. Je me suis ii souvent torturée à les relire... Celle-ci... « Puisque tu veux que je t'envoie de mes nouvelles, les voici. Je suis très heureuse.., » Là elle me dit : « Je ne comprends pas que tu ne reçoives soi-disant pas mes lettres. Je t'ai écrit... » Celle-là, c'est une carte postale avec ces mots : (( Je me porte à merveille depuis que je suis ici. » Piien de plus. Et cette autre : « Chère maman, je t'écris pour te prouver que je tiens ma promesse. » Encore une carte postale : « Temps superbe. » Regardez, monsieur, regardez. Il n'y a rien de plus .. « Temps superbe. » Voilà tout ce qu'en lui permettait d'écrire à sa mère. Alors, je suis accourue. Je la voyais d'abord chez des amis. Puis ils n'ont plus voulu nous recevoir. J'ai dû prendre une chambre à l'hôtel. A chaque visite, je trouvais ma petite plus éloignée de moi, plus indifférente à mes caresses... Et... elle et moi... nous en étions arrivées, cela est effrayant... et c'est vrai, cepen-