‹ Théatre complet de BrieuxChapitre 222 sur 226 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

(lant... nous en étions arrivées à nous ennuyer ensemble... Seules, vous comprenez, dans cette chambre banale, pendant des heures, sans occupations, sans habitudes, et l'enfant silencieuse par ordre... Monsieur, nous en avons été réduites à jouer aux cartes... Hier... hier, je n'ai pas pu continuer devant elle la comédie de la gaieté. Je me suis laissée aller à pleurer, à tout lui dire de ce que je pouvais lui dire de mes chagrins. Elle m'a comprise. J'ai retrouvé ma Suzctte. Elle m'a demandé pardon. Elle m'a tout raconté. Nous avons beaucoup pleuré ensemble et, cette fois, l'heure du départ n'a pas été une délivrance. (Un silence.) C'est parce que je l'ai retrouvée que me voici. C'est parce que j'ai vu ce qu'il en a coûté à sa, jeune sensibilité. Je ne veux plus qu'elle Subisse de telleslty' secousses. Je ne veux plus continuer à me battre avec! vous puisque c'est elle qui reçoit les coups que nous» nous portons. Je ne vous fais pas de reproches, puisque je viens implorer votre clémence. Je demande la paix. Je ne vous hais plus parce je suis trop désarmée. Seulement, je puis bien vous montrer les blessures que vous m'avez faites. Vous n'avez pas cru m'atteindre aussi profondément. Si vous aviez su le mal que vous me faisiez, vous n'auriez pas été aussi savamment cruels parce que n'importe qui en aurait eu du remords. Alors, voilà... D'abord, je te jure une dernière fois, Henri, que je n'ai pas été coupable. Ensuite, je viens vous dire que, devant le tribunal, je ne me défendrai pas. J'accepte la proposition que vous m'avez faite deux fois, monsieur Chambert. J'aime mieux vous donner mon enfant que de /n'exposer à la voir tomber malade d'émotion si nous continuions à nous la disputer. Je veux m'en remettre à votre bon cœur. Je vous demande de ne pas me faire mépriser par elle, de ne pas me reprendre le terrain que j'ai reconquis. Voilà tout... Vous me direz quand vous voudrez bien que je la voie... Je renonce à elle... Mon affection pourrait lui coatcr trop cher. Je suis décou-

ragée, épuisée, abattue... Voilà ce que vous avez lait de moi... Adieu... Adieu... Henri...

Elle se lève.

HENRI

Mon père, parlez-lui!...

CUAMBEP.T.

Nous sommes très émus... nous... nous vous remercions de...

RÉGINE

Quel malheur que l'on m'ait toujours traitée ici comme une étrangère, comme une intruse... je n'aurais demandé qu'à vous aimer tous... Mais ce n'est pas la peine de parler de cela... Vous m'écrirez... {Avec un regard circulaire implorant.) les uns ou les autres...

HENRI

Régine, je ne consentirai jamais à te laisser partir ainsi !...

MADAME CHAIIBERT.

Henri!

HENRI, ému, à ses parents.

Voici ce que j'ai à vous dire... Régine veut se sacrilier... Après ce que j'ai fait, si j'acceptais, je serais le dernier des hommes. J'ai été coupable envers elle. Et, sans manquer au respect que je vous dois, je puis dire qu'elle a de graves raisons de se plaindre de nous tous. Elle a eu des torts. J'en ai eu davantage.

MADAME C H A M B E n T .

Est-ce que tu penserais à te réconcilier avec elle?

HENRI

Oui. Mes bons, mes chers parents, ne vous y opposez pas.

Si tu veux reprendre la vie avec elle, nous ne pouvons pas t'en empêcher.

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