ACTE DEUXIEME
ce qui va se passer? Dans une dizaine de jours, lorsque l'enfant sera sur pied, ils ne penseront plus ni l'un ni l'autre à ce qu'ils se sont dit aujourd'hui et rentreront chez eux en tenant le petit Julien par la main .. {Geste de madame Marsanne.) Allons... je connais le cœur humain, n'est-ce pas? J'en ai vu bien d'autres dans ma carrière, peut-être.
MADAME MARSA.NNE
Certainement, mais...
MONSIEUR MARSANNE
Je réponds du bonheur de Laurence et de son mari.. J'en réponds, tu entends... Ce mariage-là, c'est moi qui l'ai fait, tu peux donc être tranquille... Lorsque, malgré moi, elle a épousé M. Ghantrel, est-ce que je ne t'ai pas prédit ce qui arriverait... Est-ce que je ne t'ai pas dit : « Ça ne durera pas? »
MADAME MARSANNE
C'est vrai.
MONSIEUR MARSANNE
Tu vois bien. Celte fois, avec la même certitude, je te déclare que je réponds de cette union, parce qu'elle repose non point sur l'amour fragile et éphémère, mais sur des garanties sérieuses basées sur la sympathie des caractères, sur une réelle communauté de sentiments et d'intérêts. M. de Girieu je le connais. C'est un homme sérieux et de jugement sain. Il faudrait que Laurence fût folle pour ne pas lui reconnaître les plus rares qualités... Allons, j'en ai assez dit. (Sourire.) Je retourne à mes travaux... {Baiser à Laurence.) Et ne faisons plus la mauvaise tète.
Il sort.
LAURENCE
Mère, il se trompe. Enfin, dois-je sacrifier mon enfant à M. de Girieu?... L'internat!... l'internat pour un petit être si habitué à mes tendresses!
MADAME MARSANNE
Il ne s'agit pas de sacrifier Julien. Bien d'autres enfants ont été élevés loin de leur famille et ne s'en trouvent pas plus mal.
E7itre M. Chan'rel.
LAURENCE
Voici son père. Je vais le consulter. Laisse-nous, mère. Madame Marsanne sort.