ACTE DEUXIEME
RAYMOND
Oui... 11 a pris son oreiller.
J^ rit.
LAURENCE
Chut! [Elle referme la porte.) Vous avez vu... Ce pauvre chéri... Ce joli geste qu'il a fait... avec un sérieux... Doucement, ils éclatent de rire, tous les deux.
RAYMOND
... On l'aurait embrasse avec plaisir!
LAURENCE, hcurcuse.
Oui. Mais il ne faut pas... pas maintenant... Seulement, je m'en paierai des baisers, quand ce sera permis.
RAYMOND, dans les larmes.
Vous rappelez-vous le jour où la pointe de ma moustache lui est entrée dans l'œil pendant que je le câlinais?
LAURENCE
Oui! oui!... Nous avons tant ri.
RAYMOND
Qu'est-ce qu'il m'a répondu?
LAURENCE, toujours joijeuse.
Vous avez oublié... Cherchez... Moi je me rappelle... II vous a dit : « Quand j'en aurai des moustaches... » {Fondant brusquement en larmes.) Mon Dieu, mon Dieu, mon pauvre petit!
RAYMOND
Mais il est guéri !
L A TJ R E N G E .
Oui, oui, il est guéri... Seulement, n'est-ce pas, je viens de passer de telles journées d'angoisse... J'ai de la peine à me remettre. Le cauchemar persiste un peu encore, après le réveil... Je ne sais plus où je suis, je suis un pou perdue... Voilà... vous allez partir, mon ami, et je vou-
5i LE BERCEAU
drais, je voudrais que vous me donniez un avis au sujet du petit Julien.
RAYMOND
Dites, dites...
LAURENCE
Voilà. Il commence à devenir grand, n'est-ce pas. {Avec des hésitations.) Alors, mes parents se demandent si, dansson intérêt... enfin, répondez-moi bienfranchemenl... que penseriez-vous, pour lui, de l'internat.
RAYMOND
L'internat!... Pour Julien!... Vous ne réfléchissez pas!... Vous n'êtes pas révoltée à la seule pensée d'emprisonner cet enfant, de le livrer à des étrangers! Lui, habitué à vos tendresses, Laurence! vous accepteriez cela!
LAURENCE
On me dit que...
Vous ne vous rappelez donc pas... Nous n'étions encore que fiancés, et je vous racontais ma jeunesse, je vous disais ce que j'ai souffert, moi, dans une de ces geôles d'enfants, et mes tristesses, les jours de sortie... Mes terreurs, la nuit, mes désespoirs de pauvre gosse abandonné... Vous ne vous rappelez pas?
LAURENCE
Si... c'était dans le jardin...
RAYMOND
Vous restiez silencieuse... je vous ai regardée, vos yeux étaient pleins de larmes... c'est de ce jour là...
LAURENCE
Mes parents disent qu'il travaillerait mieux... l'émulation...
RAYMOND
11 n'aura pas besoin d'émulation si on sait l'intéresser.. Ah ! si je l'avais avec moi!