‹ Théatre complet de BrieuxChapitre 4 sur 226 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

MADAME MARS ANNE

Ditcs-Ia.

LE DOCTEUR

La voici, c Les jeunes gens souiTront moins de leurs fautes que de la prudence de leurs parents. »

MONSIEUR MARSANNE, levant les épaules.

C'est avec des maximes comme celle-là que l'on prépare les révolutions.

Il va regarder par la fenêtre, à travers le vitrage.

MADAME MARSANNE

Vous connaissez mon mari, docteur, et vous savez bien qu'il n'a fait que son devoir. C'est un homme sage, discret, parlant peu et pensant beaucoup.

LE DOCTEUR

Son sourire est devenu proverbial.

MADAME MARSANNE

D'ailleurs, votre ami M. Chantrel a lui-même reconnu ses torts.

LE DOCTEUR

11 ne faut pas lui en faire reproche.

C'est à VOUS la voiture qui est en bas?

LE DOCTEUR

Oui.

MADAME MARSANNE

Je vais la faire renvoyer. Vous déjeunerez avec nous.

LE DOCTEUR

Je ne puis pas, il y a dedans quelqu'un qui m'attend,

MONSIEUR MARSANNE

Ah!

Sourire.

MADAME MARSANNE

Eh bien! sans le divorce, ma fille aurait été condamnée

à vivre toute sa vie avec un débauché... Et je me demande quelle éducation un tel homme aurait pu donner à son fils.

LE DOCTEUR

Vous savez bien, madame, que Raymond n'est pas un débauché...

MADAME MARS ANNE

C'est votre ami, je comprends que vous le défendiez.

LE DOCTEUR

€'est mon ami, et c'est un honnête homme.

Permettez-moi...

LE DOCTEUR

Et si VOUS voulez que je vous dise toute ma pensée, je regrette que vous ayez saisi avec un tel empressement l'occasion de rompre un mariage qui ne vous plaisait pas. Vous avez assumé là une lourde responsabilité.

MONSIEUR MARSANNE

Non, certes, il ne me plaisait pas et si vous voulez que je vous dise toute la vérité, j'ai été heureux de l'occasion qui nous a permis de...

MADAME MARSANNE

Ce qui pouvait arriver de mieux à Laurence et au petit Julien c'était de trouver : elle, un mari, lui, un beau-père comme M. de Girieu.

LE DOCTEUR

Je reconnais que M. de Girieu est un galant homme.

MONSIEUR MARSANNE

Je crois bien, le fils d'un magistrat ! Le malheur, voyezvous, le malheur c'est qu'elle ne l'ait pas épousé le premier, c'est qu'elle lui ait préféré M. Chantrel, et qu'elle nous ait pour ainsi dire forcés à consentir à ce mariage. M. Chantrel était sans fortune, ou à peu près.

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