‹ Théatre complet de BrieuxChapitre 3 sur 226 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

MADAME MAR3ANXE.

Parfois, cela vaut mieux. Imaginez le sort de l'enfant entre les haines de ses parents.

MONSIEUR MARS ANNE

Sourire.

LE DOCTEUR

Peut-être que devant lui... peut-être qu'à cause de lui, on verrait ces haines s'atténuer.

MADAME MARSAN NE

Croyez-vous que le fils de votre ami soit malheureux avec un beau-père comme M. de Girieu?

LE DOCTEUR

Malheureux... Non. Mais vous savez, madame... on a beau y mettre de la bonne volonté... un père ne se remplace pas.

MADAME MARS ANNE

M. de Girieu est un second père pour le petit Julien.

LE DOCTEUR

Là encore, le second vaut rarement le premier. Et puis... 11 est préférable de n'en avoir qu'un... le vrai.

MADAME MARSANNE

A votre avis, alors, Laurence aurait dû vivre toute sa vie avec M. Chantrel... avec un mari qui n'a pas cessé de la tromper?

LE DOCTEUR

Oh! qui n'a pas cessé... Vous savez comme moi...

MADAME MARSANNE

Mais réfléchissez, docteur, réfléchissez... Fappelez-vous dans quelles circonstances nous avons été réduits à cette douloureuse extrémité du divorce... Rappelez-vous comment Laurence est arrivée ici, quatre ans après £on ma-

riagc, la tête perdue, presque folle, venant de découvrir l'infamie de son mari.

LE DOCTEUR

Oh... l'infamie!

MADAME MARSANNE

Eh oui, l'infamie!... Ce n'est pas une infamie que de reprendre une ancienne?...

L E DOCTEUR

Il ne l'a pas « reprise ».

MO>'SIEUR MARSANNE

Ne discutons pas cela. Nous avons tous assez souffert et je vous affirrac que, son père et moi, nous sommes bien heureux que le divorce nous ait permis de sortir de cette affreuse situation Grâce à Dieu, cela a été mené rapidement... grâce à Dieu .. et à mon mari.

LE DOCTEUR

Il y a même mis du zèle, M. Marsanne.

MONSIEUR MARSANNE

Oui. [Sourire.) Ce ne serait pas la peine d'être un ancien avoué... Eh bieni oui comme vous le dites, mon cher docteur, j'y ai mis du zèle, et je m'en vante. El je revendique hautement la responsabilité de ce que j'ai fait. Oui, c'est moi qui ai poussé Laurence au divorce, car j'étais heureux de lui voir rompre un mariage qu'i-lle avait contracté presque malgré moi... Elle hésitait, elle, comprenez-vous cela?... Et c'est moi encore qui l'ai décidée à épouser M. de Girieu, aussitôt les délais révolus... Et j'en suis très fier... Et si c'était à recommencer, j'y emploierais encore toute mon autorité paternelle...

LK DOCTEUR

Votre autorité paternelle... Je souhaite que vous ne regrettiez jamais d'en avoir usé... Je me rappelle une pensée de Vauvenargues...

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