‹ Théatre complet de BrieuxChapitre 47 sur 226 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

MONSIEUR MARSANNK.

Je l'ai fait pour ton bien.

LAURENCE, de même.

Oui. Je sais. Tu Tas fait pour mon bien. Je ne suis pas la seule, va, dont les parents auront brisé la vie avec cette excuse-là.

MONSIEUR MARSANNE

C'est tropforti Tu me reproches... Mais rappelle-toil

MADAME MARSANNE

Rappelle-toi I

MONSIEUR MARSANNE

Tu es arrivée ici avec des sanglots et des crisi

MADAME MARSAiNNE.

Tu déclarais que tu aimerais mieux mourir que de retourner avec...

LAURENCE

Eh oui 1 II fallait me dire qu'il n'y avait rien là que de très banal et de très ordinaire, et qu'un mariage médiocre; vaut mieux qu'un bon divorce... Il fallait me laisser àl mes instincts de femme et de mère, qui m'auraient inspiré le pardon.

MONSIEUR MARSANNE

Réfléchis... Tu avais quitté ton mari...

MADAME MARSANNE

Ton bonheur était perdu, ton mariage brisé.

MONSIEUR MARSANNE

De tout le passé, il ne restait rien!

LAURENCE, avcc éclat.

II restait l'enfant!... Il restait l'enfant, qui était la victime désignée sur qui devaient tomber tous les coups que nous nous porterions. Pour lui, il fallait empêcher la désunion de son père et de sa mère, et ne pas faire

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de moi cet être incertain, cette veuve au mari vivant qu'est la femme divorcée, et*i#e pas faire de lui un de ces orphelins sans habits de deuil qu'on ne peut pas adopter. Tu as été coupable de me conseiller : j'ai été coupable de lîe pas te résister. Ahl si mon malheur pouvait au moins être profitable aux autres ! Je voudrais crier à toutes celles qui sont aujourd'hui ce que j'étais alors : « Faites ce que vous voudrez si votre union a été stérile, mariez-vous, démariez-vous, vous êtes libres, et vous ne pouvez faire du mal qu'à vous-mêmes. Mais si vous avez un enfant... si de vos baisers est né un petit ^ être chétif et affamé de caresses, vous n'avez pas le droit de détruire la famille fondée pour lui. Vous n'en avez pas le droit!... Vous serez malheureuses?... Tant pis! L'avenir d'un enfant vaut bien le bonheur d'une mère ! »

MONSIEUR DE GIRIEU.

Ce n'est pas seulement la mère qui parle en vous, Laurence ; vous vous êtes trahie. Si vous vous défendez avec une telle passion, c'est qu'il y a, à votre résistance, une autre raison que vous n'avez pas dite. Vous aimez M. Ghantrel.

LAURENCE, d'abwd stupéfaite t puis après un long silence. Oui.

MONSIBUR MARSANNB.

Malheureuse!...

LADRENCB.

Vaut-il mieux mentir?

MONSIEUR MARSANNB.

Tu oublies que tu es la femme de M. de Girieu. Le mariage est une chose très sérieuse.

LAURENCE

Allons, père, tu sais bien que le mariage, maintenant, n'est plus guère qu'un contrat qu'on déchire facilement.

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