ACTE TROISIÈME
MADAME MARSâNNE.
Tu ne réfléchis pas à la gravité de ce que tu veux faire... à ce que c'est que de te séparer de ton mari, à ce qu'on pensera de toi... M. de Girieu a bon cœur, il t'aime, il fera de son mieux pour aimer ton fils. Vous pouvez donc vivre tous les trois dans la tranquillité, au milieu de l'estime et du respect de tous... Ce ne sera pas le bonheur parfait... Ehl ma pauvre fille, crois-tu donc que nous sommes sur terre pour être parfaitement heureux! Non. Nous sommes ici-bas pour souffrir les uns par les autres, et nous ne pouvons diminuer cette souffrance que par l'acceptation de quelques sacrifices et l'accomplissement de nos devoirs.
MONSIEUR DB GIRIBO.
Eh bien! Laurence?
LAURENCE
Allons, monsieur de Girieu, cet entretien est sans doute le dernier que nous aurons ensemble. Ayons donc le courage de dire tout haut ce que nous savons maintenant l'un et l'autre, ce que nous avons découvert en nous-mêmes. Quand je vous ai épousé, j'ai voulu donner un soutien à mon fils. Je vous ai menti? Je ne sais pas. Vous, vous n'aimiez pas Julien. Mais vous me désiriez, moi, et, vous avez feint envers lui une affection que vous n'aviez pas non plus. Il y a eu à l'origine de notre union un double mensonge. Nous le payons aujourd'hui. La vérité, c'est que malgré ce mariage, nous sommes deux étrangers. Il n'y a entre nous que les liens fragiles noués par le notaire et par le maire. Rien de plus. Pas dej^ famille. De même que l'amour seul fait le mariage, c'eso/ l'enfant seul qui crée la famille. Nous avons essayé d'eif constituer une, vous et moi, avec l'enfant d'un autre ; cela ne pouvait pas réussir; on ne décrète pas la paternité.
MONSIEUR MARSANNK.
Tù oublies une chose, c'est qu'il y a des veuves, des mères remariées, et...
LAURENCE
Oui. Mais je ne suis pas veuve... Le père est vivant, et c'efct parce qu'il est vivant que M. de Girieu ne peut pas aimer mon tils.
MONSIEUR DE GIRIEU.
Et c'est aussi parce qu'il est vivant que vous ne m'aimez
plus.
LAURENCE, uccahlée.
Peut-être.
MONSIEUR DE GIRIEU.
Vous êtes impitoyable et méchante.
MADAME MARSANNE
Oui, tu es dure, mon enfant.
MONSIEUR MARSANNE
Tu charges notre vieillesse d'amertume et de douleur, Laurence.
MADAME MARSANNE
Tu fais notre malheur à tous.
LAURENCE
Nous sommes tous responsables de ce qui arrive.
MADAME MARSANNE
Moi, Laurence 1
MONSIEUR MARSANNE
Moi?
LAURENCE
Toi.
MONSIEUR MARSANNE
J'ai le sentiment d'avoir fait mon devoir.
LAURENCE, suiis dureté.
On se console de tout, avec cette phrase-là. Ce n'était pas ton devoir de m'encourager au divorce.