LAURENCE, RAYMOND, MONSIEUR DE GIRIEU
MONSIEUR DE GIRIEU.
Je VOUS ai appelé pour vous dire ceci : Vous avez commis une lâcheté. {Mouvement de Raymond.) Pas de gestes inutiles, monsieur. Si vous voulez un duel, vous l'aurez, sans avoir besoin de recourir à des voies de fait, je vous le garantis.
RAYMOND
J'y compte.
MONSIEUR DE GIRIEU.
Mais je veux ici, devant cette fernme cjui est madame de Girieu, vous entendez, je veux vous forcer à baisser la tête et à convenir vous-même de votre infamie. Vous êtes la cause de la catastrophe qui s'est abattue sur cette maison. Vous avez jadis épousé une jeune fille que j'aimais et vous l'avez trahie !
RAYMOND
La faute que j'ai commise, elle seule a le droit de me la reprocher. D'elle, la victime, j'ai obtenu le pardon.
Comment l'avez-vous obtenu?... Ah I je vous félicite de votre habileté!
RAYMOND
Je vous défends de dire...
MONSIEUR DE GIRIEU.
Vous me défendez!... Vraiment, je me demande lequel de nous deux peut défendre quelque chose à l'autre... Je vous ai parlé du mal que vous avez causé à. Laurence : je ne vous ai rien dit des tortures que vous m'avez fait
supporter... Par deux fois, j'ai soufîert, à cause de vous. Vous me rendez plus malheureux que les plus pitoyables, vous me martyrisez, vous me tuez... Vous avez abusé de ma faiblesse... Vous avez fait appel aux générosités de mon àme pour mieux me voler, pour mieux m'assassiner. Rappelez-vous... vous m'avez prié de vous laisser au chevet de votre enfant malade. Et comme j'étais hésitant, comme mon âge mûr s'inquiétait des puissances de votre jeunesse et des dangers du souvenir, vous m'avez supplié; comme j'étais jaloux, pourtout dire, vous m'avez imploré; et vos larmes, et votre attitude de père angoissé rejetaient si loin toute idée de trahison nouvelle qu'à ce moment-là, le naïf que je suis s'est même reproché de vous avoir cru coupable d'une telle félonie. Cette félonie, pourtant, vous l'avez commise, et vous avez utilisé avec une effroyable habileté les angoisses de la mère et les souffrances de l'enfant.
RAYMOND, indigné.
Non I Je n'ai pas fait cela I Je n'ai pas fait cela I
MONSIEUR DE GIRIEU.
Vous l'avez faitl... Sans le concours de ces émotions, vous n'auriez pas arraché Laurence au sentiment de son devoir. Eh bien, lorsqu'on agit ainsi, on est un lâche et un misérable. Voilà ce que j'avais à vous dire. Maintenant, monsieur, j'attends.
RAYMOND, après un long silence.
Vos injures, monsieur, ne m'irritent pas, parce qu'elles m'émeuvent profondément, et leur violence ne fait que de m'indiquer le degré de votre douleur. Ce qu'il en parvient à moi, ce ne sont pas des mots, ce sont des cris de souflVance. L'Jionnête homme que vous êtes, torturé comme vous l'êtes, ne pouvait pas parler autrement. Vous m'avez prêté une duplicité, une fourberie dont je suis innocent. Pourtant, j'ai lait ce que- vous avez dit. D'où