‹ Théatre complet de BrieuxChapitre 61 sur 226 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

tout remettre en question. Nous lui avons raconté qu'il avait reçu un coup de feu penrlant une battue.

LORSY.

Et i! croit sa femme en voyage.

MONSIEUR DE SERGEAG PÈRE

Mais le voici maintenant rétabli tout à fait, il parle de sortir. Il va falloir prendre un parti.

CHAiNTREAux, à Sergeuc.

Je vous demande pardon, monsieur, de la question que je vais poser au docteur, mais nous devons nous efforcer de tout prévoir. {Au docteur.) Ne peut-il pas y avoir, de la part du malade, simulation?

LE DOCTEUR

Oh! non. D'ailleurs la littérature médicale contient un assez grand nombre d'observations sur les pertes de la mémoire par traumatisme. M. de Sergeac, en tombant, s'était frappé la tête contre un meuble. Le même phénomène peut se produire à la suite d'une affection grave. Walter Scott dicta « Ivanhoé » pendant une maladie aiguë. Lorsqu'après la guérison.il lut son propre livre imprimé, il ne s'en rappela rien, rien que le sujet, qu'il avait conçu avant de s'aliter.

CHAINTREAUX.

II y a une lacune semblable dans le cerveau de M. de Sergeac?

LE DOCTEUR

M. de Sergeac a perdu un tronçon de sa vie mentale. Lorsqu'on essaiera de le lui rendre, il peut bien ne pas nous croire, d'ailleurs.

LORSY.

Allons donc!

LE DOCTEUR

Le physio-psychologue Ribot cite le cas d'une femme qui, à la suite d'une fièvre, ne reconnut ni son mari, ni

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son enfant. L'affirmation réitérée de ses proches ne fit que lui imposer la vérité. Elle céda parce qu'elle ne pouvait ne pas admettre que tous les siens fussent des imposteurs. Notre malade peut réagir de la même façon. 11 peut au contraire posséder de tout ce qui s'est passé une subconscience qui se précisera peu à peu ou tout à coup lorsque vous le mettrez sur la voie. La vérité serait pour lui comme un de ces rêves qui demeurent oubliés jusqu'à ce qu'un événement nous les rappelle.

MONSIEUR DE SERGEAC PÈRE

Voilà donc l'état de mon fils 1 Ce qui nous a fait vous appeler, maître, c'est que le médecin expert pense que le malade est maintenant en état de subir un interrogatoire. Or le docteur Vergne redoute encore pour mon enfant les conséquences que pourrait avoir la révélation brutale des faits par le juge.

LE DOCTEUR

A mon avis, pour rendre à M. de Sergeac et sans danger la connaissance de ce qui s'est passé, il faut agir avec la plus grande prudence, il faut le prévenir, puis l'amener lentement, de lui-même, à la reprise de ses états de conscience disparus.

MONSIEUR DE SERGEAG PÈRE

Et comme l'interrogatoire du juge est imminent, nous avons décidé d'agir aujourd'hui même devant vous, afin que vous puissiez nous donner des conseils, à lui et à nous, selon ce qui va nous être révélé.

LE DOCTEUR

11 est prêt. Je l'ai prévenu. 11 attend, vous devinez dans quelle impatience. Pour lui expliquer votre présence, je lui ai annoncé que j'avais demandé le concours d'un confrère à moi.

MONSIEUR DE SERGEAG PÈRE

Consentez-vous à nous assister?

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