‹ Théatre complet de BrieuxChapitre 8 sur 226 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

force d'avoir peur qu'il le devienne. Vous savez quelle affection j'ai pour lui. C'est en son nom, c'est par souci de son avenir que je vous parle comme je le fais. {Souriant.) Je ne vous demande pas de l'élever en Spartiate, mais, tout de même, il me semble que parfois vous dépassez la mesure, et qu'il se développerait mieux si vous l'ctouCfiez moins sous des manteaux et des foulards, en un mot, si vous lui donniez une éducation un peu plus virile.

LAURENCE

Vraiment, mon ami, réfléchissez. Voilà un enfant qui tousse, qui a un peu de fièvre, et vous me reprochez, par le vilain temps qu'il fait...

MONSIEUR DE GIRIEU.

Je ne parlais pas pour aujourd'hui où son malaise peut justifier des précautions plus grandes. Jj vous conseillais moi-même de ne pas l'amener ici aujourd'hui...

LAURENCE

Vous savez bien sa joie, chaque vendredi, à l'idée de passer la journée avec son père.

MONSIEUR DE GIRIBU.

Oui, je le sais... {Un soupir.) Je faisais allusion, non seulement aux vêtements que vous lui mettez, mais à votre façon d'être en général avec lui. Il y a un mot un peu trivial, mais qui dit bien ce que je veux dire : vous le gâtez.

LAURENCE

Julien est délicat.

MONSIEUR BE GIRIEU.

Il l'est si peu que l'autre jour il a « flanqué une superbe volée » au petit Lamiret, lequel a deux ans plus que lui. Julien est un solide gaillard. Seulement vous l'efTéminerez en l'élevant dans du coton. Dieu sait, ma chère amie, si je vous comprends...

LAURENCE

Je n'ai que lui!

MONSIEUR DE GIRIEU, séHeUX.

Vous n'avez que lui. Oui... {Un temps.) C'est justement pour cela qu'il faut en faire un homme. LAURENCE, uu peu amère.

Et, selon vous, il n'y a, pour en faire un homme, qu'un moyen, c'est de l'envoyer en pension. C'est là que vous vouliez en venir.

MONSIEUR DE GIRIEU.

Non. Je ne voulais pas en venir là... Mais vraiment, ma chère amie, n'est-il pas étrange que, lorsque nous abordons cette question, nous ne puissions le faire posément, avec la même réserve que lorsque nous émettons, sur d'autres sujets, des avis opposés? {Très amoureux.) Vous savez pourtant bien que je finis toujours par vous céder... Tu le sais bien... Tu comprends, n'est-ce pas, que je n'ai en vue que le bien de Ion enfant?

LAURENCE, lui ter.dant la main.

Je vous demande pardon.

MONSIEUR DE GIRIEU, iwï baisaiit la main.

Je n'en demandais pas autant.

LAURENCE

Mais l'idée de le placer dans un pensionnat... MONSIEUR DE GIRIEU, très doiicemeut.

Je sais. Il faudra tôt ou tard vous y faire, cependant, à cette idée-là. Dans son intérêt, je vous le répète.

Ne pouvons-nous lui donner à la maison les professeurs qu'il faudra?

MONSIEUR DE GIRIEU.

Cela ne vaudra pas l'éducation en commun. Tout ce petit monde qui l'entourerait est réellement un petit

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