‹ Théatre complet de BrieuxChapitre 9 sur 226 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

monde. On commence là l'expérience de la vie, et l'on se trouve mieux armé plus tard que si la tendresse jalouse d'une mère vous a épargné cet apprentissage des rapports sociaux. Il ne faut pas, ma cLcre Laurence, aimer votre enfant que pour vous ; il ne faut pas seulement songer à ses gentillesses, si réjouissantes à regarder, à ses caresses, si douces à recevoir. Il ne faut pas penser seulement au plaisir que vous éprouvez à l'avoir sans cesse auprès de vous. Il faut vous préoccuper de son avenir et le préparer, cet avenir, dès maintenant... Qui vous dit, ma chère amie, qu'il ne vous reprocherait pas un jour l'égoïsme de votre tendresse?

LAURENCE

L'égoïsme!... Dites que je ne l'aime pas.

MONSIEUR DE GIRIEU.

Non. Mais je dis que vous ne l'aimez pas... bien. Vous ne voyez pas ses défauts...

LAURENCE

Des défauts, un bébé de cinq ans!

MONSIEUR DE GIRIEU.

Six dans quelques jours.

LAURENCE

Si vous voulez... Quels défauts luiavez-vous découverts?

Rassurez-vous, ils ne sont ni nombreux ni graves... Mais enfin, il a des défauts, comme tous les enfants... il n'est pas autrement qu'un autre, n'est-ce pas? LAURENCE, refermée.

Pour moi, si.

MONSIEUR DE GIRIEU.

Allons, ne parlons plus de cela. Je ne puis dire un mot sans que vous le preniez en mauvaise part, i^Souriant.) J'ai tort. Etes-vous contente?

LAURENCE

C'est qu'on croirait aussi que vous tenez à me contredire en tout. Julien n'est pas un enfant ordinaire, il est beaucoup plus intelligent que les enfants de son âge. Vous êtes le seul à ne pas le reconn.iitre. Je ne sais pas, vraiment, ce que vous avez contre lui. Ahl si c'était votre fils, vous me comprendriez !

MONSIEUR DE GiRiEu, grovc, ûprès un siknce.

Oui. {Un nouveau silence.) Ma chère femme, voulez-vous que nous parlions sérieusement, seulement pendant deux minutes? Lorsque je vous ai épousée, je vous ai promis de veiller sur Julien comme s'il était mon propre enfant. C'est parce que je tiens ma promesse que je vous parle comme je viens de vous parler. Je vous donne ma parole d'honneur que c'est pour cela, et rien que pour cela. En m'exposant à votre mauvaise humeur, en me donnant à moi-même le chogrin de vous contrarier sur ce point, c'est mon devoir que j'accomplis. Mais je n'entends pas forcer votre volonté, et, maintenant que je vous ai donné mes raisons, vous ferez ce que vous voudrez, et ce sera bien fait.

Je vous promets de réfléchir sérieusement à ce que vous m'avez dit, et d'y réfléchir avec le désir de vous contenter. Mais ne dites pas que Julien a des défauts.

MONSIEUR DE GIRIEU.

11 en a cependant.

LAURENCE

Vous êtes sévère pour lui, très sévère, et presque injuste.

MONSIEUR DE GIRIEU.

Soit.

LAURENCE

Tout le monde m'en fait des compliments.

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