ACTE DEUXIEME
SIMONE
C'est plus haut. M. Mignier est peut-être venu s'accuser devant toi et te révéler dans son passé un fait ignoré de son fils lui-même, une faute contre l'honneur, une tare... Non, ce n'est pas cela, il ne serait pas venu faire sa demande il y a huit jours.
SERGEA.C.
Tu t'épuises en vain. Tu ne trouveras pas. 11 ne faut pas que tu trouves. Ne cherche pas.
SIMONE
Ou bien, est-ce toi qui as appris, sur le passé de cette famille, une aventure que tu considères comme déshonorante? Ce n'est pas cela encore, puisque tu consentais tout à l'heure à nous unir à elle... Alors?... Tiens, réponds-moi seulement sur ce point : A tes yeux les Mignier sont-ils des misérables ?
Des misérables? Mais non.
SIMONE
Tu leur as gardé ton estime !
SERGEAC.
Oui. — Oh ! Simone, comment ton affection et ton intelligence ne te donnent-elles pas l'intuition que tu me martyrises — et que si je pouvais parler, s'il était possible que je te raconte tout, ce serait déjà fait? Je n'aurais pas attendu tes prières, tes sommations, tes menaces que je sens prochaines. J'ai été pour toi un guide attentif, je t'ai prouvé mon estime et ma confiance, tu le dis et c'est vrai. Mais c'est justement ce souvenir qui devrait te persuader que les motifs de mon silence sont impérieux et invincibles.
162 SIMONE
SIMONE, qui ne Va pas écouté.
D'ailleurs, tu l'as reconnu. C'est M. Mignier qui est venu te rendre sa parole.
SERGEAC.
En voilà assez.
SIMONE
Non, certes. C'est le commencement, au contraire. Les Mignier ont repris leur parole, et tu ne les méprises pas. C'est donc que leur revirement est justifié. Comment peut-il se justifier ? La tare, la tare mystérieuse est de notre côté. Et ce n'est pas une invention, une calomnie, tu aurais protesté, tu te défendrais, tu te débattrais, tu te révolterais. Tu avoues, au contraire, en acceptant la situation. Nous sommes deux ici. Un de nous deux est indigne. Ce n'est pas moi. Est-ce toi ?
SERGEAC.
C'est moi.
Un long silence. Simone joint lentement les mains et s'avance vers lui.
SIMONE, avec douceur.
Toi, tu es coupable? {Très tendre.) 0 mon père, à ton tour, pardonne-moi de t'avoir contraint à cet aveu. Je te respecte infiniment pour la souffrance que tu as endurée à dissimuler ton secret. C'était donc là la cause de ces nuages de tristesse que je voyais souvent passer dans tes yeux. Pauvre père! Mais, maintenant, c'est fini. Tu vas être délivré. Je t'écouterai pieusement. <3uoique tu aies fait, pour moi, tu ne seras jamais coupable.
SERGEAC, dans la plus grande terreur.
C'est que pour toi je le serai toujours.
SIMONE
Non. Mais il n'y a qu'un moyen de te rendre la quiétude, la paix, le repos — c'est de tout me dire.