‹ Théatre complet de BrieuxChapitre 95 sur 226 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

SERGEAC.

Mon enfant! Mon enfant ! Je souffre autant que toi ! Il la prend dans ses bras.

SIMONE

Je l'aime tant ! Si tu savais I... Père, père, dis-moi, que tu me le rendras !... Je t'en supplie!... Fais ce qu'il faut!... Enfin, ce qui était possible, il y a une heure, doit l'être encore !... Rends-le moi .... Maintenant que tu vois qu'il ne s'agit pas d'une amourette, mais de mon existence même, — rends-le-moi!

SERGEAC.

Je ne puis rien.

SIMONE, comme une enfant.

Rends-le-moi, dis? Rends-le-moi, je t'en prie

SERGEAC.

Je ne le peux pas.

SIMONE

Oh ! Je voudrais mourir...

SERGEAC.

Ne dis pas cela ! Né dis pas cela !

Tiens, tu ne m'aimes pas !

SERGEAC.

Oh ! comme tu souffres ! Je te demande pardon ! Pardon ! Simone, je te demande pardon I Il est aux genoux de sa fille.

SIMONE, cessant de pleurer et se dMachant de lui. Tu me demandes pardon ! C'est donc de ta faute ?

SERGEAC.

Non, non ! Qu'est-ce que tu comprends? Qu'est-ce que tu vas deviner, mon Dieu !... Je te demande pardon d'être impuissant à te consoler, de ne pouvoir te donner celui

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que tu aimes... mais voilà tout. Ne va pas l'imaginer autre chose... voilà tout, voilà tout.

SIMONE

Père, je ne mérite pas d'être traitée comme une enfant. Je suis sérieuse et capable de garder un secret. Tu m'as jugée assez intelligente et assez raisonnable pour me faire l'associée de tes travaux et de tes pensées. Je mérite que ta confiance aille jusqu'au bout. Je ne suis pas une petite fille qu'on renvoie à ses colifichets, quand le malheur tombe sur la maison. Je suis la plus douloureusement atteinte. Je ne me contente pas de consolations banales, je veux la vérité, je ne pleure plus. Je suis forte. Parle.

SERGEAC.

C'est inutile. Je ne dirai rien.

SIMONE

Sans doute tu as donné ta parole de te taire. Mais, alors que l'événement qui se produit modifie toute ma vie, transforme mon avenir, je ne puis pas, moi, accepter ce bouleversement sans en connaître la cause. Tout à l'heure, je me mariais; maintenant je ne me marie plus — et quand j'en demande la raison, on me répond : cela ne te regarde pas. C'est insuffisant.

SERGEAC.

Non, On te répond : Cette raison est grave. Elle met en cause plus que la vie, plus que l'honneur de plusieurs personnes et on doit te la laisser ignorer, sous peine de provoquer de nouveaux malheurs.

SIMONE

Ce n'est pas une question d'argent, ni d'amour-propre?

SERGEAC.

Non. Je te l'ai déjà dit.

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