‹ Théâtre complet [de] Edmond Gondinet (volume 2)Chapitre 10 sur 307 · SCÈNE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE DEUXIÈME

ROMANÈCHE

Eh bien, j'ai envie de quitter Paris.

IIEISMINIE, se levant.

Quitter Paris!

ROMANiicnK.

Je demande naturellement à mon honorable hoau-père de reprendre son appartement et de me verser une rente annuelle de huit mille francs. — Il refuse.

Il a raison.

ROMANÈCHE

Et il m'interdit de sous-louer.

Excellent père !

ROMANil;CIIE, allaiu à elle.

Et si la maison me déplaît, si les cheminées fument?

IIERMINIE.

Elles ne fument pas.

ROMANÈCHE, remontant, avec colère *.

Si je voulais un salon à l'est et une chambre au midi? Si je trouve le quai malsain, si la Seine entre dans mes caves ?

H E RM I NIE.

Vous pouviez prévoir tout cela quand vous m'avez épousée.

* Herminio. Romanèchc.

Quand je vous ai épousée, j'étais jeune.

Il E R M I N I E .

Il y a treize mois.

ROMANÈCHE

Je vous trouvais fort jolie. J'attachais encore quelque importance à ces frivoles avantages. Je signai les jeux fermés, et le texte est contre moi, un texte abominable, une surprise, un guet-apens.

Il E RM INI E.

Cependant...

ROMANÈCHE, l'inlei rompant avec colore.

Paris m'agace et l'École de droit m'horripile. J'ai beau appeler mes élèves crétins et leur donner des boules noires, ça ne m'amuse plus. Je veux vivre à la campagne, dans une ferme, avec de vraies bêles.

Vous songiez à m'exiler dans une ferme?

ROMANÈCHE

En Auvergne.

II E n M I N I E .

Mais que vous ai-je fait ?

ROMANÈCHE

Rien, oh ! rien. Je n'ai pas à me plaindre de vous, je le regrette.

IIERMINIE.

SCKNE DEUXIEME 19

ROMANÈCHE

Ah! si vous m'aviez fait quelque chose! quel prétexte! quel bon prétexte ! — Mais vous êtes irréprochable.

Alors, nous resterons.

ROMANÈCHE

Momentanément. Je n"ai pas les moyens de perdre huit mille livres de rente en même temps que ma place. J'attendrai, j'attendrai que le hasard, vulgairement la providence... (Prosper revient avec le mouchoir.) Merci.

11 recommence à éternuer en s'accoudant sur la cheminée, penjant f|u'Herminie pe rapproche île In table, où Prosper paraît ranger des papiei-s.

PROSPER, ba<!, à Herminie *.

Eh bien?

HERMINIE, bas.

S'il apprend la vérité, nous sommes perdus.

PROSPER

Comment?

HERMINIE

Il veut m'emmener à la campagne.

PROSPER

Hein?

Estelle entre par le fond, avec «ne carte :!=*. ESTELLE.

Pour monsieur.

* Prosper, Herminie, Romanèclie.

** Prospor, Herminie, Estelle. Romanèche.

ROMANÈCHE, prenant la carte sans la regardtr.

Pour monsieur I Voilà encore un imbécile qui me fait une visite et qui croit m'èlre agréable 1 Crétin!

IlERMINIE, jnenant ses fourrures qui étaient déposées sur une chaise au fond et (iu't;>tello vient de lui donner.

Alors, je vais prendre ma cousine Hcrtense. Je dirai au ministre que vous êtes souffrant.

Tué! tué par ces coquines de Heurs.

HERMINIE. avec un mouvement d'impatience.

Estelle, jetez ce bouquet,

Jamais, jamais.

U éternue plus fort.

HERMINIE

Adieu, mon ami.

ROMANÈCHE

Adieu !

Vous ne m'embrassez pas?

.l'oubliais. (ll rembras^e sans conviction. — Allant à Pro-por pendant qu'Uerminie se dirige vers la porte *.) Si elle n'était paS ma femme,

ce serait peut-être un plaisir, mais c'est un devoir. — Mariez-vous donc.

HERMINIE

Adieu, mon ami.

* Prospcr, Romnnèclio, HorminiP, Estelle.

SCÈAE TKOISIÈMK 21

ROMANÈCHE

Adieu.

H E R M 1 N I E , à pari, le regarJaiil.

Ah ! si je n'étais pas coupable 1

Elle suri vivement par le foml.

Page 1