ACTE DEUXIEME
PICAUD
Tu me diras cela, Un; moi, je n'y entends rien. Je suis si occupé, accablé, accablé, accablé! — Elle est jeune.
BOURGUEIL
Comment se nomme-t-elle?
J'hésitais à te le dire parce que... lu es brouillé avec le pèi'e.
BOURGUEIL
Bah!
PICAUD
M. de Pontorson.
BOURGUEIL
Pontorson !
PICAUD
Un idiof, je te le livre. Il a découvert un singe, car c'est un singe.
BOURGUEIL
Il a deux filles?
PICAUD
Une seule. Jeune personne charmante, bonne éducation, de la fortune. Voilà les notes, je veux dire les renseignements.
BOURGUEIL, à pari.
Non, non, cela ne se peut, je suis son ami de collège, je le tutoie... Je dînerai chez lui et je me trouverai en face de sa femme ! Elle est fort coquette. Pauvre bonhomme, il ne
saurait pas se défendre ! Je lui dois toute la vérité, je suis son ami.
Qu'as-tu ?
BOURGUEIL
Picaud, veux-tu un conseil dicté par l'amitié ?
PICAUD
Si je le veux ! (a pan.) Il veut me donner des conseils, flattons sa manie.
BOURGUEIL
Reste garçon.
PICAUD
Ah ! (a paît.) Il est bien temps !
BOURGUEIL
Prends une stalle aux Italiens.
PICAUD
Je n'aime pas la musique.
BOURGUEIL
Je te mènerai chez Lolotte.
PICAUD
Je me marie pour me poser.
BOURGUEIL
Cela pose aussi. Je te la céderai, Lolotte.
PICAUD, à pari.
Ce n'est pas un ami, c'est un père. — (Haut.) Je te remercie de tes bons conseils.
BOURGUEIL, à part.
Il le prend très bieu. — (Haut.) Alors tu os décidé ù éteindre le flambeau de l'hyménée ?
PICAUD
Décidé... décidé...
BOURGUEIL
Romps, Gustave !
PICAUD, à part.
Il est charmant ! (Haut.) Pourquoi ?
BOURGUEIL
Ne m'en demande pas davantage.
PICAUD
Mais si, mais si. Tu vas me dire qu'il y a un fou dans la famille ? — Je n'épouse pas la famille.
BOURGUEIL
Un fou ! sMl n'y en avait qu'un, ce ne serait rien.
PICAUD
La jeune personne serait coquette ?
BOURGUEIL
S'il n'y avait que cela !
PICAUD
Que cela ! Comment, que cela ? C'est que je n'ai pas le droit d'être ridicule, moi. Je suis un fonctionnaire. — Tu supposes que ma fiancée... Tu la connais donc?
Eh bien ! oui, je la connais ! — Je la vis à Bourbonne, où IV. 13.
je prenais les eaux, pas pour mes rhumatismes.,, pour ceux de mon oncle... qui vint plus tard.
PICAUD
A Bourbonne ? On me l'a dit. — Après ?
BOURGUEIL
Ses fenêtres étaient en face des miennes. Je chantais quelquefois. J'ai une fort belle voix de baryton.
PICAUD
Et puis ?
BOURGUEIL
Je m'accompagnais sur la guitare.
PICAUD
Et elle?
BOURGUEIL
Elle m'écoutait.
PICAUD
Ah ! elle t'écoutail ?
BOURGUEIL
Que te dirai-je ?... D'un côté, une fillette naïve, candide; de l'autre, un homme jeune encore, bien fait de sa per- .sonne, et qui se trouve être spirituel ! Nos yeux se rencontrèrent...
PICAUD
Se rencontrèrent... Ah 1 ils se rencontrèrent !
BOURGUEIL
Et alors...
PICAUD
Alors ?