‹ Théâtre complet [de] Edmond Gondinet (volume 2)Chapitre 140 sur 307 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

PICAUD

Tu me diras cela, Un; moi, je n'y entends rien. Je suis si occupé, accablé, accablé, accablé! — Elle est jeune.

BOURGUEIL

Comment se nomme-t-elle?

J'hésitais à te le dire parce que... lu es brouillé avec le pèi'e.

BOURGUEIL

Bah!

PICAUD

M. de Pontorson.

BOURGUEIL

Pontorson !

PICAUD

Un idiof, je te le livre. Il a découvert un singe, car c'est un singe.

BOURGUEIL

Il a deux filles?

PICAUD

Une seule. Jeune personne charmante, bonne éducation, de la fortune. Voilà les notes, je veux dire les renseignements.

BOURGUEIL, à pari.

Non, non, cela ne se peut, je suis son ami de collège, je le tutoie... Je dînerai chez lui et je me trouverai en face de sa femme ! Elle est fort coquette. Pauvre bonhomme, il ne

saurait pas se défendre ! Je lui dois toute la vérité, je suis son ami.

Qu'as-tu ?

BOURGUEIL

Picaud, veux-tu un conseil dicté par l'amitié ?

PICAUD

Si je le veux ! (a pan.) Il veut me donner des conseils, flattons sa manie.

BOURGUEIL

Reste garçon.

PICAUD

Ah ! (a paît.) Il est bien temps !

BOURGUEIL

Prends une stalle aux Italiens.

PICAUD

Je n'aime pas la musique.

BOURGUEIL

Je te mènerai chez Lolotte.

PICAUD

Je me marie pour me poser.

BOURGUEIL

Cela pose aussi. Je te la céderai, Lolotte.

PICAUD, à pari.

Ce n'est pas un ami, c'est un père. — (Haut.) Je te remercie de tes bons conseils.

BOURGUEIL, à part.

Il le prend très bieu. — (Haut.) Alors tu os décidé ù éteindre le flambeau de l'hyménée ?

PICAUD

Décidé... décidé...

BOURGUEIL

Romps, Gustave !

PICAUD, à part.

Il est charmant ! (Haut.) Pourquoi ?

BOURGUEIL

Ne m'en demande pas davantage.

PICAUD

Mais si, mais si. Tu vas me dire qu'il y a un fou dans la famille ? — Je n'épouse pas la famille.

BOURGUEIL

Un fou ! sMl n'y en avait qu'un, ce ne serait rien.

PICAUD

La jeune personne serait coquette ?

BOURGUEIL

S'il n'y avait que cela !

PICAUD

Que cela ! Comment, que cela ? C'est que je n'ai pas le droit d'être ridicule, moi. Je suis un fonctionnaire. — Tu supposes que ma fiancée... Tu la connais donc?

Eh bien ! oui, je la connais ! — Je la vis à Bourbonne, où IV. 13.

je prenais les eaux, pas pour mes rhumatismes.,, pour ceux de mon oncle... qui vint plus tard.

PICAUD

A Bourbonne ? On me l'a dit. — Après ?

BOURGUEIL

Ses fenêtres étaient en face des miennes. Je chantais quelquefois. J'ai une fort belle voix de baryton.

PICAUD

Et puis ?

BOURGUEIL

Je m'accompagnais sur la guitare.

PICAUD

Et elle?

BOURGUEIL

Elle m'écoutait.

PICAUD

Ah ! elle t'écoutail ?

BOURGUEIL

Que te dirai-je ?... D'un côté, une fillette naïve, candide; de l'autre, un homme jeune encore, bien fait de sa per- .sonne, et qui se trouve être spirituel ! Nos yeux se rencontrèrent...

PICAUD

Se rencontrèrent... Ah 1 ils se rencontrèrent !

BOURGUEIL

Et alors...

PICAUD

Alors ?

Page 1