ACTE PREMIER
DUQUEYLARD.
L'acte de décès de monsieur votre mari.
HENRIETTE, un peu troublée.
Ah ! La terre que nous vendons n'a jamais fait partie de ma dot.
DUQUEYLARD.
Peu importe; si M. de Morangis existait, vous ne pourriez pas agir sans son autorisation.
HENRIETTE
Mon frère peut vendre sans moi?
DUQUEYLARD.
Non, l'immeuble est indivis.
HENRIETTE
Et si je lui donnais ma part?
DUQUEYLARD.
Vous ne pourriez rien donner sans l'autorisation de votre mari.
HENRIETTE
Alors quels sont les droits des femmes mariées?
DUQUEYLARD.
Le législateur s'est montré parcimonieux ; elles restent mineures tant qu'elles sont en puissance de mari; mais vous, madame, vous avez l'avantage, je veux dire le malheur d'être veuve. Il vous suffit de produire un extrait de l'acte de décès de votre mari.
HENRIETTE
C*est que M. de Morangis n'est pas mort en France. Il IV. 16
avait quille Mauriac... pour un voyage d'exploralion en Orient.
DUQLEYLARD.
11 est mort à l'étranger ? Mais le décès a dû être constaté par un agent diplomatique.
Je l'ignore.
DUQL EYLAUD.
Je ne voudrais pas, madame, réveiller des souvenirs douloureux. M. de Morangis doit avoir encore des parents dans la Gironde.
IIENUIETTE.
Non, monsieur.
DlIQliEYLARD.
Mon Dieu, madame, je vous dois la vérité tout entière puisque vous avez daigné me prendre pour conseil. Monsieur votre père vous a laissé des immeubles considérables sans doute, mais d'un revenu assez i'aible relativement. Ils sont restés dans l'indivision. Oi', votre cohéritier est un peu jeune.
HENIUE TTE.
11 a trois ans de plus que moi.
DUQUEYLAUD.
Ça ne le vieillit pas beaucoup. Il s'est jeté très ardemment dans la haute vie parisienne.
HENRIETTE
Ne vous effrayez jamais pour Lucien. Je ne sais pas de cœur plus généreux, de nature plus droite, plus loyale.