ACTE PREMIER
SUZANNE
J'ai rencontré papa, je ne lui ai pas dit où j'allais, j'ai un peu menti.
MADAME D 0 M I N 0 I S
Vous lui avez parlé.
SUZANNE
Oui, je lui ai parlé.
Mais cela ne vous est permis que d'avril à juillet et nous sommes en décembre.
SUZANNE
Cela m'est bien égal.
MADAME D 0 M I N 0 1 s .
Il y a jugement.
SUZANNE
Tant pis pour lui. Quand je rencontre papa, j'embrasse papa, quand je rencontre maman, j'embrasse maman. Je n'ai rien fait à personne, moi, je ne suis pas une coupable qu'il faut juger. On n'a pas le droit de m'enlever un plaisir; c'est bien assez de régler ma vie comme une pénitence. J'ai vu mon père, il m'a offert son bras, nous nous sommes promenés longtemps sur le trottoir de gauche; il paraît que nous ne pouvions pas aller à di'oite, et papa m'a dit tout à coup : « Tu sais, le peintre Aniati qui t'amusait tant avec ses histoires... il est à Paris. Je l'ai rencontré ce matin autour du lac avec sa femme. » J'ai embrassé papa, j'ai pris avec ma femme de chambre un chemin détourné, et je suis entrée à l'église. Si les juges trouvent que j'ai commis un crime, qu'ils me condamnent.
MADAME DOMINOIS,àla princesse.
Je vous prie de croire, madame, que lorsque mademoiselle de Rochetin a passé dans notre intérieur ses six mois réglementaires, ses manières sont toutes différentes.
LA PRINCESSE
Mais je trouve mademoiselle de Rochetin absolument
charmante. (Se levant et s'adressant à Henriette.) — Je ne
partirai pas, madame, sans vous redire combien nous sommes heureux, le prince et moi, de votre gracieuse invitation.
Henriette salue. — La princesse sort avec le prince toujours digne et majestueux. Henriette remonte pour les accompagner.
DOMINOIS.
Il n'a pas ouvert la bouche, (a Suzanne.) Trouverais-tu l'adresse de ce peintre célèbre ?
SUZANNE
Très facilement.
Nous l'inviterons à notre soirée.
MADAME DOMINOIS.
J'y pensais.