ACTE DEUXIEME
MADAME DOMINOIS.
M. Dominois a écrit quelque chose : alors c'est une bêtise.
SUZANNE
Pourquoi, ma tante ?
MADAME DOMINOIS.
Tu ne connais pas M. Dominois. Je ne le connais bien moi-même que depuis quelques jours. J'ai fermé les yeux^ pendant vingt ans, mais depuis que je les ouvre... je lui vois tous les défauts ; il les a tous !... Je me faisais une fête de donner ce bal ; eh bien, ma joie est gâtée par M. Dominois ; je vais lui faire une scène.
Elle remonte vivement.
THÉRÈSE
Reprenons vite notre journal .
SUZANNE
Je t'assure que ça ne m'intéresse pas du tout.
THÉRÈSE
Mais, ma chère, ça doit intéresser toutes les demoiselles à marier !
SUZANNE
C'est que je ne suis pas à marier, moi.
THÉRÈSE
Es-tu sotte, jolie comme tu es !... Je remarque au contraire, que tous les jeunes gens sont très aimables pour toi.
SUZANNE, gaîment.
Oh ! quand on est aimable pour ton amie Suzette, ça ne tire pas à conséquence. On sait bien qu'une jeune fille dans
ma situation ne se marie pas facilement. Mes bons parents Dominois me le disent tous les jours. Voilà pourquoi je suis libre avec tout le monde : c'est que je n'ai rien à redouter de personne ; je suis un garçon.
THÉRÈSE
Alors, tu renonces à te marier ?
SUZANNE
Je n'y pense pas et j'ai bien raison. Papa voudrait pour gendre un homme du monde, aimable, spirituel, un peu bruyant.
THÉRÈSE
C'est très bien.
SUZANNE
Maman, elle, voudrait un bon jeune homme, timide, vertueux...
THÉRÈSE
Moi, je me rangerais de l'avis de mon père.
SUZANNE
Oh ! non, jamais. Je les aime également tous les deux, quoiqu'ils soient brouillés, et je ne voudrais à aucun prix marquer une préférence. Alors comme mon mari ne pourrait convenir à l'un et à l'autre, je resterai fille.
THÉRÈSE
Eh bien, moi, j'aurais juré que tu aimais M. de Givray.
SUZANNE
Es- tu folle ?