‹ Théâtre complet [de] Edmond Gondinet (volume 2)Chapitre 210 sur 307 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

MADAME DOMINOIS.

M. Dominois a écrit quelque chose : alors c'est une bêtise.

SUZANNE

Pourquoi, ma tante ?

MADAME DOMINOIS.

Tu ne connais pas M. Dominois. Je ne le connais bien moi-même que depuis quelques jours. J'ai fermé les yeux^ pendant vingt ans, mais depuis que je les ouvre... je lui vois tous les défauts ; il les a tous !... Je me faisais une fête de donner ce bal ; eh bien, ma joie est gâtée par M. Dominois ; je vais lui faire une scène.

Elle remonte vivement.

THÉRÈSE

Reprenons vite notre journal .

SUZANNE

Je t'assure que ça ne m'intéresse pas du tout.

THÉRÈSE

Mais, ma chère, ça doit intéresser toutes les demoiselles à marier !

SUZANNE

C'est que je ne suis pas à marier, moi.

THÉRÈSE

Es-tu sotte, jolie comme tu es !... Je remarque au contraire, que tous les jeunes gens sont très aimables pour toi.

SUZANNE, gaîment.

Oh ! quand on est aimable pour ton amie Suzette, ça ne tire pas à conséquence. On sait bien qu'une jeune fille dans

ma situation ne se marie pas facilement. Mes bons parents Dominois me le disent tous les jours. Voilà pourquoi je suis libre avec tout le monde : c'est que je n'ai rien à redouter de personne ; je suis un garçon.

THÉRÈSE

Alors, tu renonces à te marier ?

SUZANNE

Je n'y pense pas et j'ai bien raison. Papa voudrait pour gendre un homme du monde, aimable, spirituel, un peu bruyant.

THÉRÈSE

C'est très bien.

SUZANNE

Maman, elle, voudrait un bon jeune homme, timide, vertueux...

THÉRÈSE

Moi, je me rangerais de l'avis de mon père.

SUZANNE

Oh ! non, jamais. Je les aime également tous les deux, quoiqu'ils soient brouillés, et je ne voudrais à aucun prix marquer une préférence. Alors comme mon mari ne pourrait convenir à l'un et à l'autre, je resterai fille.

THÉRÈSE

Eh bien, moi, j'aurais juré que tu aimais M. de Givray.

SUZANNE

Es- tu folle ?

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