SCÈNE YI LA PRINCESSE, LUCIEN
LUCIEN
Vous ne craignez pas de les laisser ensemble ?
LA PRINCESSE
Pourquoi donc ?
LUCIEN
Des rivaux !
LA PRINCESSE
Ce ne sont pas des rivaux, ce ne sont que des maris.
LUCIEN
C'est juste.
LA PRINCESSE
Pourquoi ne m'aviez-vous jamais dit que vous aviez une sœur qui s'appelle madame de Morangis ?
Parce que lorsque je suis avec vous, princesse, je ne pense qu'à vous.
LA PRINCESSE
C'est aimable, mais ce n'est pas une raison. Si vous avez un motif, je le devinerai. Les femmes devinent tout. Mais
ce n'est pas de madame de Morangis que je veux vous parler, c'est de moi.
LUCIEN, très galant.
A la bonne heure !
LA PRINCESSE
Savez-vous que vous m'avez tout à fait compromise à l'ambassade japonaise ?
Si je vous ai causé le moindre souci, j'en suis désespéré.
LA PRINCESSE
Un journal a écrit que vous aviez été pour une très noble et très belle étrangère d'une galanterie que n'autorisait pas son costume; on ne pouvait s'y tromper, j'étais en vestale-
LUCIEN
Le lendemain le journal a rectifié...
LA PRINCESSE
Très sottement. Il a dit qu'il y avait erreur, que ce n'était pas moi.
LUCIEN, souriant.
Cela vous a contrariée ?
LA PRINCESSE
Beaucoup. On va croire que c'est la marquise Papoli, qui était en Minerve. La vérité est que vous avez été très galant. "Vous m'avez même avoué que vous m'aimiez.
LUCIEN
Je vous l'avouerai toute ma vie.