ACTE DEUXIÈME
GASTON
Eh bien, elle est très amusante, ta lettre !
Amusante ?
GASTON
Ton amour pour le défunt est du plus haut comique.
LUCIEN
Voilà une expression que je n'accepte pas.
GASTON
Et tu m'as écrit sans même consulter madame de Morangis ?
LUCIEN
Qui te l'a dit ?
GASTON
Je l'ai rencontrée aujourd'hui dans un salon. Elle m*a salué de son plus gracieux sourire et elle m'a parlé comme à l'ordinaire.
LUCIEN, à part.
Je n'avais pas prévu cela.
GASTON
Tu reconnaîtras qu'il est difficile de qualifier une pareille façon d'agir.
LUCIEN
Vas-tu me chercher querelle?
GASTON
Je ne le peux pas, puisque j'aspire à devenir ton beaufrère.
LUCIEN
C'est un scrupule inutile. Je ne crois pas avoir à expliquer ma conduite. Je n'ai pas consulté Henriette parce que je connaissais ses sentiments.
GASTON
Es-tu sûr de les connaître ? Est-ce à toi que madame de Morangis ferait ses confidences?
LUCIEN
Tu n'as pas à douter de ma parole.
GASTON
Pourquoi, hier, as-Lu subitement changé de ton quand je t'ai annoncé mes intentions ? Pourquoi n'as-tu plus voulu accepter de moi un service que j'étais heureux de te rendre?
LUCIEN
Parce que je prévoyais la réponse que j'aurais à te l'aire. Il ne manque pas de femmes charmantes qui accueilleront ta demande avec joie ; tu seras le meilleur des maris, et si j'avais une fille, je te la donnerais tout de suite. Mais ici tu te trompes, renonce à tes projets.
GASTON
Y renoncer ! comme on renonce à un mariage de convenance qui ne convient plus ! Tu m'as donc bien mal compris? Mais cette résistance inexplicable de ta part, cet obstacle imprévu, me fait mieux sentir quelle passion est la mienne. Et qui te dit que je ne sois pas aimé ?
Voilà ce que rien ne peut t'autoriser à croire. J'ai voulu ménager ton amour-propre en l'épargnant un refus direct.