‹ Théâtre complet [de] Edmond Gondinet (volume 2)Chapitre 226 sur 307 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

GASTON

Eh bien, elle est très amusante, ta lettre !

Amusante ?

GASTON

Ton amour pour le défunt est du plus haut comique.

LUCIEN

Voilà une expression que je n'accepte pas.

GASTON

Et tu m'as écrit sans même consulter madame de Morangis ?

LUCIEN

Qui te l'a dit ?

GASTON

Je l'ai rencontrée aujourd'hui dans un salon. Elle m*a salué de son plus gracieux sourire et elle m'a parlé comme à l'ordinaire.

LUCIEN, à part.

Je n'avais pas prévu cela.

GASTON

Tu reconnaîtras qu'il est difficile de qualifier une pareille façon d'agir.

LUCIEN

Vas-tu me chercher querelle?

GASTON

Je ne le peux pas, puisque j'aspire à devenir ton beaufrère.

LUCIEN

C'est un scrupule inutile. Je ne crois pas avoir à expliquer ma conduite. Je n'ai pas consulté Henriette parce que je connaissais ses sentiments.

GASTON

Es-tu sûr de les connaître ? Est-ce à toi que madame de Morangis ferait ses confidences?

LUCIEN

Tu n'as pas à douter de ma parole.

GASTON

Pourquoi, hier, as-Lu subitement changé de ton quand je t'ai annoncé mes intentions ? Pourquoi n'as-tu plus voulu accepter de moi un service que j'étais heureux de te rendre?

LUCIEN

Parce que je prévoyais la réponse que j'aurais à te l'aire. Il ne manque pas de femmes charmantes qui accueilleront ta demande avec joie ; tu seras le meilleur des maris, et si j'avais une fille, je te la donnerais tout de suite. Mais ici tu te trompes, renonce à tes projets.

GASTON

Y renoncer ! comme on renonce à un mariage de convenance qui ne convient plus ! Tu m'as donc bien mal compris? Mais cette résistance inexplicable de ta part, cet obstacle imprévu, me fait mieux sentir quelle passion est la mienne. Et qui te dit que je ne sois pas aimé ?

Voilà ce que rien ne peut t'autoriser à croire. J'ai voulu ménager ton amour-propre en l'épargnant un refus direct.

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