SCÈNE IV DOMINOIS, MADAME DOMINOIS
DOMINOIS.
Voilà!... Il vous a donné le conseil de vous taire, je vous l'avais déjà donné.
Est-ce que les femmes malheureuses ne doivent pas se consoler entre elles ?
DOMINOIS.
Vous remarquerez, madame, que je ne vous ai pas encore quittée pour courir la prétentaine.
MADAME DOMINOIS.
C'est que moi, je ne me contenterais pas de dire que je suis veuve...
DOMINOIS, avec conviction.
Vous ne le serez jamais !
MADAME DOMINOIS.
Comme notre infortunée locataire que vous avez maltraitée.
DOMINOIS.
Notre locataire ! Savez-vous à quoi j'ai pensé pendant toute la nuit, moi ? C'est qu'il est très désagréable d'avoir pour locataire une femme notoirement abandonnée par son mari.
MADAME DOMINOIS.
C'est vrai ! Elle sera toujours triste par convenance. IV. 23.
DOMINOIS.
Ça manquera de prestige.
Elle ne recevra plus personne.
DOMINOIS.
Et notre bail a encore sept ans à courir.
MADAME DOMINOIS.
Sept ans et cinq mois.
DOMINOIS.
Nous sommes volés. Ah ! si nous avions le mari !
MADAME DOMINOIS.
A la fois homme du monde et artiste !
DOMINOIS.
Quel éclat pour notre immeuble !
MADAME DOMINOIS.
Ce serait superbe !
DOMINOIS.
J'inviterais ses amis, qui deviendraient les miens, et je pourrais développer mes goûts artistiques sans me ruiner.
MADAME DOMINOIS.
Oui, mais jamais ce mari-là ne reviendra à sa femme.
DOMINOIS.
Pourquoi ?
MADAME DOMINOIS.
Parce qu'il en a une autre.
DOMINOIS.
Ce n'est pas une raison, au contraire.
MADAME DO MINOIS
C'est sa femme, alors, qui ne voudra plus le recevoir.
DOMINOIS.
Il faudrait un ami commun qui s'interposât. Si je trouvais l'occasion, j'essaierais.
MADAME DOMINOIS.
Vous?
DOMINOIS.
Je vous ai donné assez de preuves de mon habileté.
MADAME DOMINOIS.
Ah ! oui...
DOMINOIS.
La voici. — Peut-on quitter une femme pareille !
MADAME DOMINOIS.
Ce sont les meilleures que l'on quitte, monsieur.
DOMINOIS.
Ah ! c'est pour elle, cela !