SCÈNE III ANDRÉ, SAINT-HICARD
ANDRÉ, entrant, très agite.
Je vous remercie d'être venu, j'aurais préféré vous voir chez vous, dans votre cabinet. Ce que j'ai à vous dire est très confidentiel.
SAINT-HICARD.
Alors, remettons à demain.
SCÈNK TROISIÈME 447
ANDRÉ
C'est impossible, (changeant de ton.) J'ai à VOUS demander le plus grand service que l'on puisse demander à un ami.
SAINT-HICARD.
Vous avez perdu au jeu?
Ce ne serait rien. — Asseyons-nous. (Baissant la vou.) .l'ai été surpris en tête à tête avec une femme que j'aime...
SAINT-HICARD, stupéfait.
Vous avez une maîtresse?
ANDRÉ
Elle me permettait de lui avouer mon amour pour la première fois, et j'étais à ses genoux, quand le mari est entré.
s A I N T-II I C A R D .
Le maladroit!
ANDRÉ
Je vous supplie de ne pas rire.
SAINT-HICAUD.
Je ne ris pas. Mais avez- vous la prétention d'étonner, avec votre petite histoire, un homme qui a été douze ans notaire à Paris? Je la sais par cœur, votre aventure, et je vous dis que le mari est un maladroit. J'ai acquis la conviction que les maris ont toujours tort d'entrer quand on les trompe. — Ah! s'ils n'entraient jamais, vous verriez comme ça finirait vite. Essayez, le cas échéant.
ANDRE, avec dépit.
Il ne s'agit pas de moi .
SAINT-HICARD, continuant.
Un amant qu'on ne dérange pas n'est plus un amant.
C'est un mari en second, un sous-mari, une doublure, on revient vite au chef d'emploi.
Je vous affirme que si vous saviez ce qui s'est passé, vous prendriez un autre ton.
SAINT-HICARD.
Vous tenez à m'étonner, vous n'y arriverez pas, j'ai tout vu.
ANDRÉ, exaspéré.
Alors, il est inutile que je continue.
SAINT-HICARD.
Et remarquez que je ne vous fais aucun i-eproche. Je ne vous dis pas que vous êtes marié depuis six mois à peine, que vous avez une femme charmante.
Ils se lèvent.
ANDRÉ
Charmante, je le sais.
SAINT-HICARDo
Qui vous adore, vous le .savez aussi. Je connais votre cas. Vous avez une mère extrêmement distinguée, qui vous a élevé avec un soin exagéré ; elle vous a donné une femme accomplie au moral comme au physique, qu'elle vous préparait depuis le berceau. Elle a réuni sur vos deux têtes tout ce qui doit assurer le bonheur d'un jeune ménage. Ça ne pouvait pas réussir, ça ne réussit jamais.
ANDRÉ
Si l'on m'avait prédit, il y a un mois que j'aimerais une autre femme que la mienne, je me serais indigné. Je Siiis bien ce que vaut ma femme et je ressens, auprès d'elle, le même charme, le charme calme et incolore du bonheur tran-