SCENE SIXIEME
JEANNE
Comment ?
LA BARONNE
Vous viendrez m'y voir demain, avec votre mari, si vous avez le temps.
JEANNE, se récriant.
Si nous avons le temps ?
Et je vous recevrai de mon mieux. — J'espère ne pas vous paraître trop ennuyeuse.
JEANNE
Vous !
LA BARONNE
.le suis résolue à être gaie avec vous, si gaie que vous oublierez que je suis votre belle-mère. — Au Continental, 119, voilà qui est convenu.
JEANNE
Vous êtes sévère pour nous.
LA BARONNE
Je suis prudente pour moi. Quand j'aurai constaté que vous vous portez bien tous les deux, — je .suis déjà fixée à votre égard, — ma mission sera remplie.
JEANNE
Vous nous ferez beaucoup de chagrin.
LA BARONNE
Savez-vous que si j'arrivais à me faire regretter, ce serait un joli succès pour une belle-mère. J'y parviendrai peutêtre en ne me montrant jamais. Je veux être une bellemère modèle, une belle-mère invisible, ce qui est l'idéal, n'est-ce pas, monsieur de Saint-Hicard ?
46i L'ALOUETTE
SAINT-HICARD.
io ne suis pas de votre avis, madame.
LA liARONNE, étonnée.
Ce n'est pas votre avis?
Ni le mien.
SAINT-HICARD.
J'ai eu beaucoup à m'occuper des belles-mères pendant mon notariat, et j'ai un cahier d'observations, de documents, comme on dit à présent.
LA BARONNE
Mais, mon cher ami, je ne vous apprendrai pas ce qu'on pense des belles-mères en France, et ailleurs, sans doute. — Je ne parle pas de vous, ma mignonne, vous avez un cœur d'or et vous m'aimez beaucoup, je le sais bien. — Mais ouvrez un roman, allez au théâtre, et vous verrez comment on traite les belles-mères. D'abord, elles sont toujours jouées par des duègnes abominables. On n'admet pas qu'elles soient jeunes et encore passables.
SAINT-HICARD, galammenl.
Quelquefois charmantes,
LA BARONNE
Frauduleusement alors, car ça ne leur est pas permis. Nous ne sommes pas mieux traitées dans le monde. On n'a qu'à plaisanter sa belle-mère pour y paraître spirituel.
JEANNE, se récriant.
Oh! madame!
LA BARONNE
Est-ce assez commode ? Ce n'est pas le trait qui fait l'esprit, c'est la cible! Et tout le monde rit par tradition. La gaieté, avec nous, n'a pas de limites. Si l'on jouait sa belle-