SCÈNE SIXIÈME
mère au baccara dans l'espoir de la perdre, ça paraîtrait extrêmement drôle, car la perte d'une belle-mère n'éveille que des idées souriantes. Vraiment, c'est à se demander comment une femme ose marier ses enfants. Il faut une abnégation qu'on n'admire pas assez. Elle était mère, c'était charmant. Elle devient belle-mère — belle par ironie, — et c'est horrible ! En ce moment, ma bonne petite Jeanne, chez vous, je suis votre belle-mère, il n'y a pas à le cacher, mais chez moi, rien ne me ferait dire que j'ai un (ils marié. .Te dis que j'ai deux enfants, un fils et une fiHe.
JEANNE
C'est bien la vérité.
LA BARONNE
Maintenant, j'ajouterai qu'on a peut-être raison de les redouter.
s A I N T - H I G A li D .
Non, madame, cent fois non, croyez-en un homme qui a longtemps expérimenté la question sur ses clients; non seulement une belle-mère n'est jamais nuisible dans un jeune ménage, mais elle y est utile, elle y est nécessaire.
LA BARONNE
Voilà qui est nouveau, par exemple, et qui mérite d'être démontré.
Mon Dieu, madame, supposez que le duo de Roméo et .luliette n'ait pas été interrompu par le chant de l'alouette, que serait-il arrivé? — Roméo se serait endormi, Juliette aussi, rien ne les troublait, on se serait réveillé au grand jour, on écarquillait les yeux, on bâillait, on se levait, on déjeunait, c'était fini. Sans l'alouette, plus de Roméo, plus de Juliette, plus de duo, — le joli duo des amoureux, recommençant toujours parce qu'il est toujours interrompu Eh bien, dans un jeune ménage, il faut ([ue lo belle-mère
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joue le rôle de l'alouetle : on redoute une surprise, elle va entrer! Non, non, c'est le rossignol qui dit son chant d'amour, — on s'embrasse, elle entre, on rougit devant elle, et c'est charmant. — Tout le temps qu'elle est là, on pense au baiser qu'elle fait attendre: — quand elle est partie, on se réunit pour la maudire, et c'est encore charmant.
LA BARONNE
Vous supposez une belle-mère de beaucou]» d'esprit.
SAiNT-iiu;\ni).
Toutes les femmes ont de l'esprit quand elles jouent avec l'amour des autres. Et puis les hommes, les femmes ellesmêmes ne sont pas toujours des anges, on devient si nerveux à notre époque ! Quand l'orage gronde, si la belle-mère est là...
LA BARONNE
Elle attire la foudre, les belJes-mères ont cette propriété.
Précisément, j'ai étudié la question sous toutes ses faces.
LA BARONNE
Eh bien, — j'aime mieux ne pas essayer, (a Jeanne.) Comment André vous fait-il attendre si longtemps quand vous êtes prête ?
JEANNE, vivement.
C'est moi qui l'ai obligé à sortir. Il s'agissait de rendre service à un ami, n'est-ce pas, monsieur de Saint-Hicard? André sait que j'aime à arriver tard dans le monde.
LA liARONNE.
11 devrait être ici et pas ailleurs. J'espèro que ce n'est pas mon influence qui se fait sentir déjà.