‹ Théâtre complet [de] Edmond Gondinet (volume 2)Chapitre 306 sur 307 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

LA BARONNE, puis ANDHE.

LA BARONNE, seule.

Mon fils! mon lils serait parti demain! Si j'étais venue un jour plus tard, le mal était irrémédiable. — 11 l'est peutêtre déjà. — M. de Saint-Hicard connaît bien les hommes! je le sais mieux que lui! Ilélas! Plus ils ont à rougir de la passion qui les emporte, plus ils s'y cramponnent et rien ne les arrête! et ils vont sans rien entendre, comme s'ils n'osaient plus regarder en arrière!... En est-il là? — C'est lui!

ANDRÉ, entrjiil.

Ahl Sainl-Hiuird l'a laissée seule?

Oui, je lui ai rendu sa liberté... Je lui en voulais un peu de nous avoir dérangés. — Songes-tu bien que je ne t'avais pas vu depuis six mois... depuis le jour même de ton mariage. Cela me semble tout étrange de me voir un grand garçon marié. — Est-il donc bien loin le temps où tu étais enfant et oi!i je te trouvais si bon pour ta mère? Dès l'âge de quatre ans... Ce sont de bien vieux souvenirs.

ANDRÉ

Les souvenirs de cet âge-là ne m'ont jamais quitté.

LA BARONNE

J'étais presque toujours seule, assise dans le grand salon du château, comme pour mieux sentir le vide de ma vie.

— Tu venais derrière moi, marchant à pas de loup. — Tu mettais tes deux petites mains sur mes yeux et quand tu y sentais des larmes...

ANDRÉ

11 y en a^ait toujours.

LA UARONNE.

Tu me sautais au cou en me couvrant de baisers cl tu me disais : Oh! maman, que faut-il faire pour grandir bien vite? j'irai punir ceux qui te font tant do chagrin.

ANDRÉ

Tu ne me répondais pas. — Tes larmes redoublaient, je n'osais plus te questionner, je n'ai jamais osé, mais je te i'ovois toujours, dans ta douleur, silencieuse et r('S!gué«'.

— Je me demande encnrc comment il est possible de s'udiVir autant.

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