‹ Théâtre complet [de] Edmond Gondinet (volume 2)Chapitre 307 sur 307 · SCÈNE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE DOUZIÈME

Tu ne l'aurais pas compris quand tu étais enfant. — Tu l'aurais compris à peine avant ton mariage, mais aujourd'hui... aujourd'hui, tu me comprendras. — Ton père m'avait abandonnée.

Toi !

LA BARONNE

Il avait subi l'entraînement de je ne sais quel amour indigne de lui, et il s'était enfui lâchement, sans oser même m'avouer en face qu'il ne m'aimait plus.

ANDRE, consterné .

Mon père ! '

LA BARONNE

Je ne le dis pas cela pour que tu le juges, tu n'as pas à le juger. — Je veux seulement que tu saches d'oii venait mon désespoir et ce qu'il devait être. J'y ai résisté parce que tu me restais; sans toi, je serais morte. — Voilà ce qu'il fallait bien t'apprendre un jour : c'est toi qui as sauvé ta mère. — J'ai retrouvé le calme, non pas parce que j'avais oublié ou pardonné, mais parce que j'étais effrayée pour toi de ma tristesse. — Tes joues pâlissaient, tes yeux se creusaient, et j'ai eu peur un instant de te perdre. Alors, tu m'as vue soui-ire.

'JS

SCÈ^E Xlll

Les Mèmks, JEANNE, puis SAINT-HICAIU).

ituiic iMilre liiiiiileineiU. lOlK' ^i uiilevé ses fleurs et ses bijoux.— André Ires ému la reiarile et va à elle.

ANDRÉ

Jeanne 1... Jeanne, vous a\ez pleuié.

JEANNE

C'est Fini, c'est oublié.

ANDRÉ

Ma mère m'a fait remarquer que je vous avais parle presque durement tout à l'heure, je vous en demande 1 jardon .

JEANNE, se relouruuul toute joyeuse, va vers la b:irûiine.

Vous voyez, madame, comme il m'aime!

LA RAUONNE, à part.

Chère eni'ant!

JEANNE

Eh bien ! maintenant il faut (lu'il ne me cache rien. André est très préuccuité depuis quelques jours, j'ai bien le droit de savoir poui'quoi.

LA UAUONNE.

Je vais vous le dire, il est préoccupé à cause de vous.

JEANNE

A cause de moi i*

SCKNE THF.IZIKMK W5

LA BARONNE

Vous avez pour lui un très gros secret.

JEANNE

Un secret?

LA BARONNE

Voulez-vous nous dire qui vous a offert ce superbe bouquet?

JEANNE, confuse.

Oh!

LA BARONNE

Voilà que vous baissez les yeux. — Ce n'est pas votre

mari?

JEANNE

Non.

LA BARONNE

El le bracelet que vous m'avez montré... et les perles...

JEANNE

Madame...

LA BARONNE

Un mari qui découvre que sa femme reçoit des bijoux...

JEANNE

Oh! oh! André!

Avouez-lui donc que vous vouliez tromper votre bellemère, en lui faisant croire que son grand étourdi de fils savait être galant pour sa femme.

JEANNE

Ah ! ne le grondez pas, il est marié depuis si peu de temps ; il ne sait pas encore...

'i96 L'ALOUETTE

ANDRE

Voilà votre façon de me punir quand je vous oubliais! -• Je voudrais tomber à vos genoux... *

SAINT- HICÂ RD , accourant et le ret nant.

Non, non, il n'y a rien, n'avouez rien.

LA RARONNE.

CommenI ?

JEANNE

Qu'avez-vous, monsieur de Saint-Hicard^

s A I N T - II t C A U D .

Rien, il n'y a rien, absolument rien. fBas.) N'avouez pas. (uaut.) Vous ne devineriez jamais ce qui vient de m'arnver. Au temps oii j'étais notaire, j'ai rendu un très grand service à une jeune cliente qui en était très reconnaissante et... je ne peux pas continuer devant madame de Lormcl.

JEANNE

.Je me retire.

SAINT-IIICARD.

Elle était reconnaissante de sa nature, et comme elle ne me parlait jamais de mes bonoraires... je... je ne peux pas continuer devant madame la baronne.

LA BARONNE, souriant et Sf retirant.

J'en ai peur.

s A I N T - Il I c A R 1) , bas à André..

Ça été ma seule bonne fortune! et je viens de la retrouver, beaucoup moins bien que sa photographie. — Madame Fulston.

ANDRÉ

Quoi!

SCKNfi TREIZIKME 497

Jadis cocoUc, cHijouiTl'hui américaine. — .Fai juré de ne riea dire, si elle va demain attendre son mari en Amérique, cl elle y va.

ANDRÉ

J'étais décidé à tout quitter, à tout braver et à no plus vivre que ])our mafcuune!

SAINT-HICARD.

Ail bail ! Eh bien, sans remords, cher ami, sans remords. Ma seule bonne fortune! et encore ! c'était pour mes honoraires.— Peut-être était-ce pour moi?

LA BARONNE

Monsieur de !>aiul-Hicard, ne dépravez pas mon tils.

Moi !

J'ai rélléchi à ce que vous m'avez dit de l'alouolie.

SAlNT-HICARD.

I^t vous restez?

LA BARONNE

J'hésite...

Nous voulons te garder.

JEANNE

Moi je ne me sens vraiment heureuse que depuis que vous êtes là.

SAINT- IIICARD.

•Je vous nssure, madame, qu'une belle-mère est indispensable.

LA lîARONNE.

Vous avez peut-être raison.

SAINT-HICARD.

Et si, par surcroît, il y avait un beau-père.

LA BARONNE

■Monsieur de Saint-Hicard !

SAINT-HICARD, à rml.

Elle a souri... je répéterai ma phrase.

Page 1