ACTE PREMIER
BIENASSIS
Jusqu'au jour où tu voulus t'en débarrasser tout de suite.
PONTORSON
Ma fille sortait de pension et on me l'envoyait.
Ah! sapristi!
PONTORSON
Je faillis en devenir fou. Heureusement, Dindonnette disparut comme par une trappe. Tu m'as sauvé, Bienassis. — Mais comment fis-tu? Elle m'aimait tant!
lUEN ASSIS.
J'ai un système. — Pour se défaire instantanément et sans bruit d'une jolie demoiselle, faites-lui oflrir, par le télégraphe, un engagement au théâtre du Caire, — six mille francs pour la saison, quinze jours d'avance, et le voyage. Elle part sans dire adieu, elle débarque en Egypte ; elle y reste, elle a tous les torts, et cela ne vous a coûté que vingtcinq louis.
PONTORSON
Alors, c'est cinq cents francs que je te dois?
BIENASSIS
Allons donc !
PONTORSON, remontant et passant :i gauche.
Mais si, mais si =^ !
BIENASSIS
Tu me paieras quand elle sera revenue.
' Pontorson, Bienassis.
PONTORSON, redescendant.
Elle est revenue.
Ah bah
rONTORSON.
Je l'ai revue hier dans un coupé splendide.
BIENASSIS
Alors, dors en paix.
PONTORSON
Mais elle m'a lancé un regard inquiétant.
BIENASSIS
Oh ! oh !
PONTORSON
Et voici ce que j'ai reçu ce matin avec sa photographie, — toujours charmante! elle a pris de l'embonpoint : — « Il faut absolument que je vous parle aujourd'hui; restez chez vous. »
BIENASSIS
Bah!
PONTORSON
Restez chez vous ! Le jour où je marie ma filio ! Elle est superbe ! — T'imagines-tu Dindonnelte entrant dans ce salon, en présence de mon gendre? Va chez elle, expliquelui la situation.
BIENASSIS
Je no peux pas, moi, je suis marié.
Allons donc ! allons donc ! farceur 1 — Je devinerai tes rébus.
BIENASSIS
Non, non, je ne puis...
PONTORSON
Voici son adresse, sur son billet, dans une couronne de princesse, — elle ne doute de rien : — « Avenue d'Antin, 47. » A la rigueur, je ferai une visite, si elle l'exige..., parce que, après le mariage de ma fille, je redeviens garçon, — et il n'y a pas de vacance à l'Institut. Quatre ou cinq visites. Mais, pour Dieu ! qu'elle ne paraisse pas aujourd'hui! Sauve-moi encore une fois, Bienassis.
BIENASSIS
Je te sauverai à une condition.
PONTORSON
Laquelle ?
BIENASSIS
Quand ma femme reviendra solliciter...
PONTORSON
On la dit fort aimable. Je ne l'ai vue qu'une fois.
BIENASSIS
Tu la mettras à la porte.
PONTORSON
Comment ?
Pour la décourager.