‹ Théâtre complet [de] Edmond Gondinet (volume 2)Chapitre 60 sur 307 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

BIENASSIS

Jusqu'au jour où tu voulus t'en débarrasser tout de suite.

PONTORSON

Ma fille sortait de pension et on me l'envoyait.

Ah! sapristi!

PONTORSON

Je faillis en devenir fou. Heureusement, Dindonnette disparut comme par une trappe. Tu m'as sauvé, Bienassis. — Mais comment fis-tu? Elle m'aimait tant!

lUEN ASSIS.

J'ai un système. — Pour se défaire instantanément et sans bruit d'une jolie demoiselle, faites-lui oflrir, par le télégraphe, un engagement au théâtre du Caire, — six mille francs pour la saison, quinze jours d'avance, et le voyage. Elle part sans dire adieu, elle débarque en Egypte ; elle y reste, elle a tous les torts, et cela ne vous a coûté que vingtcinq louis.

PONTORSON

Alors, c'est cinq cents francs que je te dois?

BIENASSIS

Allons donc !

PONTORSON, remontant et passant :i gauche.

Mais si, mais si =^ !

BIENASSIS

Tu me paieras quand elle sera revenue.

' Pontorson, Bienassis.

PONTORSON, redescendant.

Elle est revenue.

Ah bah

rONTORSON.

Je l'ai revue hier dans un coupé splendide.

BIENASSIS

Alors, dors en paix.

PONTORSON

Mais elle m'a lancé un regard inquiétant.

BIENASSIS

Oh ! oh !

PONTORSON

Et voici ce que j'ai reçu ce matin avec sa photographie, — toujours charmante! elle a pris de l'embonpoint : — « Il faut absolument que je vous parle aujourd'hui; restez chez vous. »

BIENASSIS

Bah!

PONTORSON

Restez chez vous ! Le jour où je marie ma filio ! Elle est superbe ! — T'imagines-tu Dindonnelte entrant dans ce salon, en présence de mon gendre? Va chez elle, expliquelui la situation.

BIENASSIS

Je no peux pas, moi, je suis marié.

Allons donc ! allons donc ! farceur 1 — Je devinerai tes rébus.

BIENASSIS

Non, non, je ne puis...

PONTORSON

Voici son adresse, sur son billet, dans une couronne de princesse, — elle ne doute de rien : — « Avenue d'Antin, 47. » A la rigueur, je ferai une visite, si elle l'exige..., parce que, après le mariage de ma fille, je redeviens garçon, — et il n'y a pas de vacance à l'Institut. Quatre ou cinq visites. Mais, pour Dieu ! qu'elle ne paraisse pas aujourd'hui! Sauve-moi encore une fois, Bienassis.

BIENASSIS

Je te sauverai à une condition.

PONTORSON

Laquelle ?

BIENASSIS

Quand ma femme reviendra solliciter...

PONTORSON

On la dit fort aimable. Je ne l'ai vue qu'une fois.

BIENASSIS

Tu la mettras à la porte.

PONTORSON

Comment ?

Pour la décourager.

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