‹ Théâtre complet [de] Edmond Gondinet (volume 3)Chapitre 132 sur 308 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

l'ai perdu plus que vous à ce sot abandon, fe reconnais mes torts, j'implore mon pardon.

CLAIRE

Vous ! vous êtes absous.

BRION

Je vous ai détournée De moi.

CLAIRE

... Je vous adore.

BRION

Ahl

J'y suis condamnée.

BRION

Claire, ne raillez pas, quand je viens, à genoux. Resserrer les liens qui m'unissent à vous.

CLAIRE

C'est le code civil lui-même qui nous lie, N'est-ce pas suffisant ? Le moyen qu'on s'oublie, Quand on est attaché l'un à l'autre ! et pourquoi 5'inquiéter de nœuds garantis par la loi ?

BRION, se remettamt un peu.

Ne dissimulez plus, je vous avais comprise.

CLAIRE

Ah!

BRION

J'ai vu votre amour.

CLAIRE

Mais le succès vous grise ;

Je ne vous aime pas.

BRION

Pourtant...

CLAIRE

Oh ! pas du tout.

BRI ON

Affrontiez-vous ce bruit par plaisir ou par goût ?

Pourquoi plaid iez-vous donc ?

CLAIRE

Par esprit, de chicane.

On plaide pour son champ, son fosse, sa cabane. Pour son droit ; on attaque un voisin qui nous nuit ; On n'aime pas toujours les gens que l'on poursuit.

BRION, étonné.

Vous n'êtes pas jalouse?

CLAIRE

Oh ! Dieu 1 Je suis Normande.

Mais jalouse? de qui ? de quoi ? Je le demande. Rayez donc ce gros mot de vos illusions ; Que laut-il jalouser ? vos acquisitions ?

D A R G I s , ;. Claire.

Vous êtes bien cruelle !

SUZANNE

Oh ! non, non, elle est ferme.

HRION, ;i Claire,

Je vendrai ma maison.

CLAIRE

Et ce qu'elle renferme.

Gardez tout, cher monsieur, et puisque c'est légal, Trompez-moi sans rougir, je n'y vois aucun mal.

BRION

Mais si mon repentir dépassait votre attente ? Madame, jugez-moi.

CLAIRH; , faisant une révérence.

Je suis incompétente.

C'est un mot d'avocat, je l'cntrc dans mes frais.

Elle s'appr/'te â partir.

Page 1